retour


BLOG  et  TEXTES DIVERS

page 1 page 2 (vous êtes ici)

On peut faire mieux !
* Prière
* Apparition
* I COMME ICARE
Photographie ancienne
* La faïence de Quimper...
* Le jeu des deux questions
Foot-ball, France-Ukraine 2013
* Le discours du père de la mariée
Prière du poisson

OULIPO : Don du message
* OULIPO : deux avatars de Nerval
OULIPO : signature mathématique des textes
OULIPO : Pelleteuses-tueuses (Chantal Robillard)
Faire-part de naissance
Coup dur pour un MoU
* Le feu au cul
L'Albatros
L'inclination explique l'inclinaison
Madame Disdéri
Esprit
Sarkozy et le blé
Un peu de politique
La Halte des Caravaniers
Un départ à la retraite
Hommage à Yves Sévely
ONERA MAMMOUTH
Corbillard et neiges éternelles
Tromp
Automaticité et automatitude : une question de politique
Faux clone ou vrai clown ?
Le rouge et le vert
Devinette : qui suis-je ?
Guignoleries
* Le Renard et le Corbeau
Plan de table

* Pygmalion contrarié
Marianne et Madelon
* Valls et Dieudonné
M. Hollande, I presume ?
Adieu Charlie, bonjour les charlots !
Entropie et filles de Loth
Mark Rothko
Marche avec Giacometti
Lettres à une amoureuse
Réponse aux bons vœux d'un anarchiste
Un excellent placement
Composition constructiviste

Grève à la SNCF
Contrôle Automatique et écologie
La colère d’Anton Kivi
* Hommage à Alain et Véronique Born
Faust
Hommage à madame Quiviger
Ma dénonciation de eBay
Le visage interdit de la servante au grand cœur
Figure de proue
Statue Hemba
* Photo de famille : cherchez l'erreur !
* Réveil dans les limbes
* Le Priape de Meneham
Salomé, Alice et Lolita
L'odalisque aux yeux d'or
à propos de l'affaire Roman Polanski
Intertextualité et sexualité
Pierrot Lunaire, Arnold Schönberg
*
Simple galet ou divine œuvre d'art ?  
L'origine du monde
Hommage à Jean-Yves Povy
La faille d'un système
Ministres en cuisine
* Tchernobyl et Fukushima

Le retour du croisé, par Hilare Poilaunet
* Anne Sinclair
Anne Sinclair alias Marguerite de la nuit
* Mécanique céleste
Le golf date de plusieurs millions d'années
Un paradoxe golfique
Discourtoisie golfique
Le Grand Inquisiteur : version de concert
Ave Maria !
Hommage à Jean-Marc Peyrard
* Le Neptune de Kerfissien
Byblos : retour d'expérience
Santez Anna - Annapurna
* Un socialisme précurseur
* Le mariage du Figaro
* Anniversaire du golf de Carantec
* La Jeune Parque
* Théorie du genre et sexe des anges
*
Billy the Kid
Debout les morts
Le roi des containers
Hommage à Alexandre Grothendieck
* "Gabrielle d'amour..." : variations oulipiennes

 

Grève à la SNCF


Manifestation syndicale à Luxembourg

      Suite à mon transfert, vers les adresses internet de nombre de mes amis, d'un message dénonçant les avantages abusifs dont bénéficient certains employés de la SNCF, j'ai reçu un retour dénonçant la "propagande" dont je m'étais fait le relais. Voici ma réponse.

      Je vois, mon cher Jean, que tu ne restes pas calme, effectivement. J'ai transféré ce message, reçu de je ne sais qui, à mes divers amis, car je l'ai trouvé drôle, comme je trouve drôle tout ce qui est excessif, c'est dans ma nature ; mais je l'ai transféré aussi car j'adhère à la dénonciation de toutes les différences outrancières, or ce qui est dit là me paraît concerner également beaucoup d'autres abus.

      Je ne pense pas que ce message s'attaque aux gens qui bénéficient des avantages qu'il désigne ; il s'attaque au système qui permet à des catégories citoyennes de les exiger au détriment de classes sociales moins bien armées. Que les conditions de travail de ces heureux salariés minoritaires soient "normales" comme tu le dis, je n'en doute pas, et c'est bien la raison pour laquelle on peut s'indigner d'un tel écart avec les autres anormaux majoritaires. Et on peut s'indigner aussi des manœuvres effectuées par les premiers pour accentuer cet écart. Invoquer les victimes impuissantes de l'ultra-libéralisme que tu fustiges, et que je fustige avec toi, celles d'une certaine dictature patronale, n'implique pas que l'on doive défendre, comme dans une anti-symétrie caricaturale, une dictature corporative ou syndicale toute faite d'égoïsme et de défense de clocher. Le silence contraint des uns ne fait pas la valeur ni la justesse du discours de ceux qui peuvent dire ce qu'ils veulent et n'importe quoi.

      En fait les pdg indécents tout comme les simples salariés qui tiennent les rênes du quotidien économique et social (syndicats SNCF, EDF, enseignement...) utilisent pour arriver à leur fin les pouvoirs dont ils disposent, avec le même cynisme, chacun pour soi ; face à cela que je crois être une évidence, je ne peux différencier les comportements abusifs —- et identiques dans leur principe —- que génèrent l'autorité absolue et la position de chantage.

      Moi-même sans doute, comme beaucoup d'autres payeurs de ces différences —- de ces injustices —- je n'aurais pas refusé un pactole de faveurs s'il m'avait été offert. Et si j'avais été président de telle entreprise nationale, je ne pense pas être assez hypocrite pour dire avec certitude que je n'aurais pas accepté tout ce qu'on m'aurait alors proposé. J'enrage toujours, mais très amicalement, contre mes camarades de promotion qui sont entrés à l'EDF, ceux-là qui ont fait le même travail que le mien durant toute leur vie et qui partent à la retraite plusieurs années avant moi dans des conditions très supérieures à celles dont je bénéficie. Et encore je ne plains pas, car je suis bien avantagé par rapport à beaucoup d'autres personnes. Mais je trouverais normal que mes propres avantages fussent réduits par une politique vraiment sociale, afin d'en assurer une meilleure répartition. C'est la raison pour laquelle j'ai toujours soutenu, à tort peut-être et sûrement contre mes intérêts, les candidats censés promouvoir les idées fondamentales dites de gauche.

      Les salariés "réduits au silence dans leur boîte", ceux-là que tu défends justement, sont les premières victimes des privilégiés hyper-protégés que tu défends paradoxalement aussi. En faisant grève, ces derniers privent les premiers des avantages qu'ils exigent ainsi pour eux-mêmes ; car au delà d'une certaine limite, le plus des uns devient forcément le moins des autres. Alors que les données relatives aux équilibres sociaux et économiques changent, je n'imagine pas qu'un humaniste comme toi, quelqu'un de ton altruisme et de ta générosité, soucieux de justice, d'égalité et de fraternité, mais oui, puisse souscrire aux principes d'une telle défense et au maintien d'une telle différence.

      Face aux avantages démesurés de la catégorie professionnelle dont il est question dans le message, je comprends donc mal ta prise de position en sa faveur. Si on doit dépenser de l'énergie à défendre quelque grève, il en existe sûrement de plus pathétiques.

      Très cordialement,

      Alain

retour                                                        haut de page

 


La théorie du Contrôle Automatique
au service d’une manifestation écologique

 


         Le 1er février 2007, une organisation écologique invite, pour accentuer une prise de conscience collective, à annuler toute consommation électrique entre 19h55 et 20 h. Je me suis fait le relais de cette invitation en la diffusant à tout mon carnet d’adresses. Deux de mes amis opposent les objections suivantes :


M. D. :

      Si on pose que 70% de l’électricité produite est d’origine nucléaire et que celle-ci n’est pas modulable (enfin pas rapidement), cette perspective va conduire EDF à baisser la production des centrales nucléaires plusieurs heures avant pour les faire remonter après. Entre temps EDF va mettre en service des centrales au fioul ou au gaz,  ainsi que des centrales hydrauliques. Dans les deux premiers cas [il y aura tous les problèmes de suies ou de CO2 entraînés par l’utilisation de combustibles fossiles ; dans le dernier cas, l’eau turbinée maintenant ne le sera pas cet été ! C’est cher payé pour une action qui se dit "écologique". Mais je suis sans doute un vieux grincheux.

Laurent Chaudron :

     Bonnes intentions ! mais malheureusement, comme le précise mon pote Jancovici (spécialiste énergie) cela risque d’avoir l’effet exactement inverse : allumer et éteindre les lumières pendant 5 mn provoquera des perturbations dans le réseau national ; ce sont les centrales thermiques qui permettent la régulation, elles vont donc devoir être plus actives, donc plus de pollutions et de chauffage... Pas si simple...

Ma réponse :

     M. D. et Laurent Chaudron me font remarquer que l’action "politique" préconisée pour aider à la prise de conscience du drame écologique actuel aura ponctuellement un effet inverse à celui qui est escompté. Ils ont raison à court terme et tort à long terme. Je m’explique.

     La plupart des systèmes complexes, qu’ils soient du monde scientifique ou du monde socio-économique, lorsque leurs comportements sont corrigés ou commandés, réagissent d’abord en sens inverse de l’effet voulu. Voici trois exemples :

     1) Un enfant qui est réprimandé et auquel on donne un ordre commence (souvent) par se rebeller et faire le contraire de ce qu’on lui a dit, c’est une question de fierté et de caractère. Ce n’est qu’après un temps de latence, consacré à la réflexion ou à la prise de conscience de quelque crainte, qu’il se soumet et fait ce qu’on lui avait d’abord conseillé de faire.

     2) Je suis dans mon dériveur (un 420) et veux changer de cap. Pour cela le courant doit créer sur le safran une force dont le moment  fera tourner le bateau dans le sens souhaité. Le safran étant placé en arrière du centre de gravité, cette force doit s’appliquer dans la direction opposée à celle vers laquelle je veux aller (ainsi pour tourner vers babord - gauche - je dois amener la barre vers tribord). Cette force a pour première conséquence d’entraîner le bateau dans la mauvaise direction, mais ce comportement est transitoire et tout va redevenir normal ensuite.

Notes pour initiés :
    a) Cet effet contradictoire n’est pas vraiment observable sur un bateau rapide, mais il peut néanmoins devenir prépondérant lorsque la vitesse est inférieure à un certain seuil critique ; tout virement de bord est alors rendu impossible, et les actions pour changer de direction se soldent alors par un déplacement constant en sens inverse de celui que l’on souhaite ! Pour un sous-marin ou un dirigeable, cette "vitesse d’inversion" est un paramètre important de conception et de pilotage automatique.
    b) Ce phénomène s’appelle le "déphasage non minimum", ce vocable traduisant le fait que la fonction de transfert du système possède un zéro à partie réelle positive (instable) qui se traduit, dans le plan de Bode, par une remontée de phase.


      3) Au 18ième siècle, une "mouche" de fard noir sur la joue d’une jolie femme avait pour but de contrarier sa beauté, mais c’était pour mieux la révéler. Car un regard captivé par ce minime défaut se portait ensuite, comme pour trouver une explication à cette "erreur", sur la grâce uniforme et blanche de tout le visage, un piège. Est-ce dire qu’à la cour de Louis XV et dans les alcôves de Versailles on pratiquait, sans le savoir, un contrôle d’esthétique avec "déphasage non minimum" ? Dans ce cas, au delà de quel "diamètre d’inversion" la tache grossière aurait-elle seulement enlaidi le visage sans révéler son charme ? (*)

     Ainsi, de manière analogue, l’appel à éteindre les lumières, ce soir, aura-t-il sûrement un effet ponctuel pervers ; mais cet effet sera (en principe) largement compensé par le comportement ultérieur des usagers ainsi éduqués. Voilà une plaisante illustration d’un grand principe de la théorie du Contrôle des Systèmes.

     Cordialement, Alain

(*) Laurent Chaudron dixit : " Oui il en est exactement ainsi de la beauté. Je pense même que le "déphasage non minimum" en esthétique a un effet d’amplification. C’est très bien connu (et redécouvert) actuellement par les gens qui travaillent sur la réalité virtuelle : l’observateur est poussé à s’investir activement (proactivement !) pour sublimer ce réel. Il y a un acte de complétion voire d’extension par tout sujet observant. Une belle callipyge l’est encore plus en masquant l’objet de sa beauté. Donc je ne vois pas la mouche comme une "erreur" mais comme un catalyseur de sublimation. Ne pas oublier que dans le Tao, au centre du noir il y a un point blanc, et au centre du blanc un point noir ... Par Toutatis ! "

retour                                                        haut de page

 



La colère d’Anton Kivi

        Anton Kivi, est un photographe du dimanche qui vient, me dit-on, de se faire renvoyer d’un cercle internet qui est supposé réunir des amateurs de cet art. J’avais moi-même été exclu l’an passé de cette même "communauté artistique", la raison en étant, comme pour Anton Kivi, un excès de franchise face aux comportements sectaires du lourd modérateur du lieu et de son premier rang de sbires.

       "Anton Kivi" serait le pseudonyme, me fait-on encore savoir, d’un ethnologue américain connu, membre de hautes instances internationales, professeur en congé sabbatique aux universités de Pau et de Salamanque, grand amateur aussi de littérature et de culture françaises (il est d’origine franco-iranienne). Un tel esprit, voltairien et lumineux, renvoyé d’un médiocre forum, tout comme je l’ai été moi-même, cela fait sourire et m’interpelle car c’est un parallèle qui m’honore. Il paraît que d’aucuns m’auraient même confondu avec lui, voilà une émotion.

       Dénonçant une quelconque attitude excessive et injuste, Anton Kivi aurait traité ledit modérateur de "Sarkozy local", une banale fleur de discours. L’insulte, si c’en est une, aurait été aussitôt effacée par le rustique gendarme, vexé ; et l’Américain insolent aurait été viré illico de l’agora franchouillarde. On trouvera ci-dessous un extrait du texte que Kivi a adressé à X-Phot après son éviction. Ce courrier a été divulgué immédiatement par le modérateur lui-même, sans que l’on sache pourquoi, puis retiré du site quelques heures plus tard, sans que l’on sache encore pourquoi. Ce bonhomme est instable et ne fait pas plus dans la cohérence que dans la finesse, on le savait déjà.

     Voici le texte d’Anton Kivi que l’on m’a signalé hier, le 24 février 2007, sur le site de X-Phot où le modérateur du lieu l’avait donc publié.

     [...] La vraisemblable raison de mon éviction est que la norme dictatoriale de ce forum suppporte mal les électrons libres ; tout nouveau venu est d’abord suspect, une suspicion pouvant devenir caricaturale et tout à fait comique. Sur X-Phot les discussions se font et ne se prolongent que dans des sous-groupes souvent proches du Café du Commerce. On peut écrire toutes les obscénités que l’on veut, certes,  mais seulement entre bons copains et dans le cadre normalisé de barbelés électrifiés définissant un périmètre de jeu imperméable, un colisée. La liberté sur X-Phot n’est qu’une illusion entretenue par un sergent-chef obtus et poussif, en mal existentiel de reconnaissance et cherchant lui-même des potes caporaux. Il est décevant de voir des personnes intelligentes et fières se soumettre à une règle castratrice qui fait d’elles des moutons de Panurge en leur laissant le mirage de leur identité. La façon dont quelques uns ici, particulièrement éduqués ou dociles, ont approuvé mon exclusion, n’est rien d’autre que le besoin inconscient de cette soumission, de ce moulage. Et ceux-là bien au chaud d’une pensée commune et primaire, sans chercher à comprendre, se retrouvent alors comme en famille, ou mieux, comme dans un parti où l’on confondrait autorité et sécurité. On n’est pas loin du Sarkozy sus-mentionné et sus-censuré, ni de ses extrêmes proches.
     X-Phot est ainsi une bulle sociologique intéressante, un giron où s’excitent un paquet d’ions désorientés, un cocon ouaté où les bruits interdits sont étouffés et écoutés seulement par un gros père fouettard qui ronronne d’auto-satisfaction disciplinaire comme un vieux moteur fait de l’auto-allumage. La règle mise en vigueur par ce préfet paternaliste, en limite d’autoritarisme et d’autres principes annihilants, absout les excès des uns et les canalise dans la norme ; et elle tue (immole) les autres insolents. Des sociologues viennent de temps en temps sonder ces étonnants microcosmes qui naissent sur Internet et où se révèlent de tels dangereux caractères. Voilà des laboratoires gratuits, et des simulations in vitro de mécanismes qui font peur lorsqu’ils se produisent à une échelle réelle et plus vaste [...]

      On trouve dans le texte de Kivi l’ébauche d’une analyse des personnes complexées et solitaires qui se libèrent sans retenue sur les forums internet anonymes. Dans l’édition d'aujourd’hui du journal "La Croix" (c’est un hasard) un article fait état de la drogue que peuvent constituer de tels forums pour des caractères faibles, et sur la dépendance qu’ils impliquent. On remarquera aussi comment une bande de grossiers copains, réunis virtuellement par leur seul ennui existentiel, sous un vague prétexte artistique ou technique, peut s’en prendre, sans raisons argumentées, à un individu qui cherche à s’intégrer à elle. Anton Kivi aurait-il dû, pour pouvoir participer à telle discussion, abolir sa propre pensée et son humour pour rejoindre le standard des autres ? On imagine mal la stupéfaction de l’ethnologue face à un tel dilemme. Heureux soit-il donc d’être resté lui-même et d’avoir été exclu tout vivant de la matrice digestive où des voraces ont continué de réclamer sa peau sans même savoir pourquoi, ni sans savoir de quel altruiste ils souhaitaient la mort. "Haro sur le baudet !" Je regrette que le modérateur de X-Phot ait finalement enlevé de ses tablettes les aboiements de la meute. En publiant le texte de Kivi, le basique sergent avait-il seulement voulu vérifier la fidélité et les bons réflexes de sa cohorte de trouffions ? En tout cas, leur réponse unique — sur ce fil dont on m’a fait parvenir copie et qui a été vite effacé ensuite — serait à mettre dans une anthologie de la psychologie de masse et de la violence aveugle. Danger.

Post-scriptum : Anton Kivi et ALP furent évidemment une seule et même personne

retour                                                        haut de page

 

 

Hommage à Alain et Véronique Born

50

+

50


        Pour accéder aux photos du séjour à Penha Longa, cliquer ici


Carantec. Le ciel est menaçant, bas et noir.
La belle Véronik sur le sentier rocheux
Promène ses vingt ans. Tout heureuse d’espoir
Elle s’émeut parfois d’un frisson amoureux.

À ses pieds, l’Océan que l’orage tourmente
Se brise en vomissant l’âcre bave des flots ;
La houle déchaînée, éternelle et mouvante,
Au songe des Bretons ne laisse aucun repos.

Tel un éclat de foudre en un ciel déchiré,
Tout à coup un éclair retentit qui embrase
L’âme de la rêveuse et son œil effaré.
Est-ce l’horreur ? L’épouvante ? Non, c’est l’extase,

Car elle a vu surgir, au large du Cosmeur,
Déjouant les périls d’un Maelström obscur,
Insensible aux accents de marines clameurs,
L’appelé de son cœur, considérable et sûr.

C’est Alain. De l’écume achevant son essor,
Voici l’Imperator que la gloire salue ;
Ruisselant de… baisers, d’un geste sans effort
Il enlève en ses bras notre Vierge éperdue.

Sur sa nef emportée, l’Amante lui sourit ;
Au rythme de la vague elle l’étreint toujours
Et il l’embrasse encor. Pour ceux-là on écrit
Qu’il n’y a plus de nuits, qu’il n’y a plus de jours.

Le Héros et la Sainte, aux regards confondus,
S’en vont sous mille azurs. Et quand vient leur moment,
Sous l’orbe sibyllin des astres inconnus,
Ils envoient leurs reflets briller au firmament.

Voici naître Florence, et puis c’est Adrien.
La très chère Maggy (plus que sœur, un écho !)
Et Berthe généreuse à l’image des siens
Sont les parfaits dessins de la douce Véro.

Ah, Véronique Born, la mystérieuse étude !
Son sourire sacré ombrage la Joconde.
Heureux celui qui sait, à telle plénitude,
S’enrichir des cristaux dont ce grand cœur abonde.

Invariable et fort, d’un esprit impartial,
Honnête en sa maison et dans tout Landerneau,
Alain veille, en retrait, tel un roc seigneurial
Dressé entre Callot et les murs du Taureau.

***

Ainsi coule le temps que la Parque ponctue.
Vos cent ans, chers amis, sont deux saisons égales
Que l’Amour additionne et déjà continue
Sur un trajet nouveau fait de joie idéale.

Fixons-nous rendez-vous, deux mil cinquante sept,
Pour l’autre jubilé que ma vision effleure ;
Et si de ce mirage on se rit du concept,
Au cœur de vos enfants que mon rêve demeure !

Conviés auprès de vous, c’est à Penha Longa
Qu’ensemble nous buvons aujourd’hui à la source
D’une forte amitié. Du funeste Oméga 
La rime ici se moque. Ô Temps, vivons ta course !


ALP,  Penha Longa le 26 mai 2007

         La rencontre marine d’Alain et Véronique, dans le poème précédent, présente quelques embruns du Persée et Andromède de José-Maria de Heredia. Pour lire la suite fameuse de ces trois sonnets, cliquer ici.

retour                                                        haut de page

 

 

 

FAUST


Suite à l'opéra de Philippe Fénelon créé au Capitole de Toulouse en mai 2007,
le paragraphe ci-dessous a été ajouté à mon texte I COMME ICARE

[...]

       Faust. Dans un avatar de Philippe Fénelon et Nikolaus Lenau (1) le retour à la jeunesse, c'est à dire au point souce de l'univers, est remplacé par l’accès à la Vérité absolue. Suite à ce qui vient d'être dit, voilà effectivement deux utopies tout à fait analogues. Méphistophélès, un être orgueilleux puni pour avoir tenté de voler le Savoir du Créateur, a été condamné à l’ignorance éternelle. Aigri et maléfique, il cherche à se venger en entraînant dans sa damnation d'autres créatures de Dieu (2). Le véritable prix à payer par Faust pour accéder à la félicité parfaite de la Connaissance ne pouvant être que la mort (voilà un postulat énoncé plus haut et que Méphistophélès n'ignore pas), c'est donc un marché fondamentalement absurde que le Diable propose à son « client » crédule. En offrant à Faust d'accéder à la Connaissance, il lui fait payer un prix qui le condamne en fait — irréversiblement — à l'Enfer (3) c'est à dire à la même ignorance que celle qui le ronge pour l'éternité. Faust devient donc Diable à son tour, un désespéré immortel que même le suicide ne pourra donc plus sauver.

[...]

(1) Philippe Fénelon, Faust, opéra, livret du compositeur d’après Nikolaus Lenau. Création mondiale au Capitole de Toulouse, mai 2007.

(2) Marcel Jouhandeau, Algèbre des valeurs morales, Défense de l'Enfer.

(3) ... à l'Enfer ou aux limbes. Voir ici

retour                                                        haut de page



Hommage à madame Quiviger

(2 juillet 2007)

         La disparition d’un être cher est une perte forcément cruelle. Il en est ainsi, en particulier, des gens dont l’humilité fut, durant toute leur vie, une source de bonté et un modèle de sainteté. La plupart des personnes qui ont approché madame Quiviger ne peuvent qu’avoir conscience de cela. L’humilité est la première clé de la spiritualité ; la Vérité ultime, celle de Dieu, celle qui expliquerait l’Univers et qui est par principe inaccessible à l’Homme, ne peut se trouver que dans une humilité infinie et utopique.

         Chère madame Quiviger, que de discussions sur ce sujet avons nous tenues ensemble où mes mots furent toujours stériles face à vos convictions si modestement dites mais si fortement éclairées par votre foi religieuse ! Que d’agacements j’ai éprouvés à la fin de nos joutes verbales, en constatant la facilité et l'évidence de vos victoires ! Vos arguments étaient irrationnels, bien sûr, très hauts, à l’abri de toute raison agressive et abstraite. Avec force, vous croyiez en Dieu ; je souhaite que vous soyez en ce moment auprès de Lui, redevenue un fragment parfait du Créateur, ou plutôt, puisque cette perfection-là n'est pas morcelable, que vous soyez redevenue le Créateur lui-même. En cette essence divine, en ce Mystère, vous avez rejoint votre fils Michel, et votre mari, et aussi votre petite-fille Clémence, ma si chère enfant, tous intégrés désormais à une Vérité et une Connaissance que seule la mort procure et que les savants inquiets d’éternité ne peuvent appréhender.

           Chère Madame, vous qui étiez hier une femme humble et fragile, vous voici donc éternellement glorieuse. Puissiez-vous toujours, de là où vous êtes, conforter les cœurs dans lesquels vous laissez votre trace, votre amour, et aussi une certaine idée de Dieu.
retour                                                        haut de page

 

 

Message adressé à CFR
(Compagnie Française de Recouvrement, 91 rue du Faubourg Saint-Honoré, 75008 Paris)
suite à mon différend avec eBay (22 mars 2008)

Copies au Gouvernement :

Monsieur le Président de la République Française,
Monsieur le Premier Ministre, Hôtel de Matignon, 57 rue de Varenne, 75700 Paris ;
Madame la Ministre de l'Economie, 139 rue Bercy, 75012 Paris ;
Monsieur Philippe Marini, sénateur, rapporteur Général de la Commission des Finances, 139 rue Bercy, 75012 Paris (p.marini@senat.fr) ;
DGCCRF, Ministère de l'Economie et des Finances, 139 rue Bercy 75012 Paris ;

Copies à des associations de consommateurs :

ADEIC, Association de défense, d’éducation et d’information du consommateur, 3 rue de la Rochefoucauld, 75009 Paris ;
AFOC, Association Force Ouvrière Consommateurs, 141 avenue du Maine, 75014 Paris ;
ASSECO-CFDT, Association Syndicale d'Étude sur la Consommation, 4 boulevard de la Villette, 75955-Paris cedex 19 ;
CLCV, Confédération de la Consommation, du Logement et du Cadre de Vie, 17 rue Monsieur, 75007 Paris ;
ORGECO, Organisation Générale des Consommateurs, 64 avenue Pierre Grenier, 92100 Boulogne Billancourt ;
UFC-Que Choisir - Union Fédérale des Consommateurs, 233 Boulevard Voltaire, 75011 Paris ;
INC, Institut National de la consommation, Service Presse, 80 rue Lecourbe, 75732 Paris Cedex 15 ;
INC, 60 Millions de Consommateurs, 80 rue Lecourbe, 75732 Paris Cedex 15 ;

Copies à la presse écrite :

journal "Le Monde", 80 bld Auguste Blanqui, 75013 Paris ;
journal "Le Figaro" (MM Francis Morel et Nicolas Barré), 14 bd Haussmann 75009 Paris ;
journal "Le Canard Enchaîné" (redaction@lecanardenchaine.fr);
journal "Libération" ;
hebdomadaire "L'Express" ;
hebdomadaire "Le Point" ;
hebdomadaire "Marianne" (Gregory Onillon) ;

Copies à eBay :

Alexander von Schirmeister, directeur général, eBay-France, 21 rue de la Banque, 75002 PARIS ;
Grégory Boutté, vice-président, eBay-Europe, 15 rue Notre-Dame, L-2240, Luxembourg ;

Copies à divers forums sur internet ;

Copies à tout mon carnet d'adresses.

         Bonjour,

         Je connais également la loi du 09/07/1991 que vous citez, et j'en connais d'autres encore.

         Ce que vous ne dites pas, c'est la peine que eBay encourt pour sa facturation abusive et le harcèlement dont je suis la victime depuis plusieurs mois. En effet j'ai signalé trente fois mon problème aux aimables correspondants virtuels qui s'acharnent sur mon cas, sans jamais recevoir la moindre réponse précise, me heurtant à un refus total de communiquer, ne trouvant en face de moi que cette muraille informatique et impersonnelle qui distribue des réponses pré-rédigées et stupides selon les mots clés qu'elle détecte dans les messages qu'on lui envoie. C'est à devenir fou ! Quand j'ai demandé un numéro de téléphone ou l'adresse e-mail d'un responsable, afin de pouvoir régler rapidement ce litige entre gens supposés être de bonne foi et de bonne compagnie, on m'a dit que cela était impossible et on m'a chaleureusement remercié pour ma compréhension de ce refus !

lire la suite ici


Autre épisode du même genre : cliquer ici.

Ces lettres auront pour effet la capitulation de eBay.


Condamnation de eBay pour réglement abusif et faits similaires aux précédents : lire ici

retour                                                        haut de page




Le visage interdit
de la servante au grand cœur


Libre interprétation de l'image :


   
Batchelder phot., Pall Mall, Sandhurst, ca 1860

        Cette photographie ancienne au format « carte-de-visite », prise dans l’atelier d’un portraitiste américain établi à Melbourne dans les années 1860, fut assurément l’une des plus belles pièces de ma collection. Après avoir été boudée par le musée d’Orsay, elle se trouve actuellement chez un amateur australien.

         L’image nous montre un enfant de la bonne société. Ses parents l’ont conduit chez un photographe à la mode afin d’immortaliser la jolie frimousse qui fait toute leur fierté, et on devine qu’ils sont là derrière l’appareil, attentifs. Ils ont choisi de faire poser l’enfant debout sur une chaise, mais une servante doit alors le tenir pour éviter qu’il ne tombe. C’est sa nurse qui est là, celle qui a toujours été présente à ses côtés et dont la vie épouse quotidiennement la sienne. Cependant, afin que le visage ici indésirable de la domestique ne vienne pas profaner celui de la petite star ni détourner l'image de cette seule figuration, on l'a priée de se retourner. Pas de mélange de classes, chacun reste à sa place et dans son rôle, car une photo c'est pour l'éternité !

         Voilà donc l’aimable et obéissante personne réduite à un simple support matériel, un objet nécessaire, encombrant et que l'on cache comme on peut. La chaise et  le rideau ne sont que des objets aussi, certes, mais ils ont été volontairement choisis pour le décor ; alors que le dos de l’autre n’a rien de décoratif, on aurait aimé qu'il fût transparent, tant pis ! Au mieux cela montrera qu'on a les moyens de se payer une servante.

         L’enfant est trop jeune pour comprendre l’injure qui est faite à cette femme qui l’aime et le protège, qui le couve et à laquelle il rend forcément son affection. Elle ne l’a pas conçu dans sa chair mais elle le fait chaque jour dans la piété et l’amour dont son grand cœur est plein. La mère, celle qui paie le photographe, telle une victime du rang social qui l’oblige à se décharger de certains de ses devoirs maternels sur la servante, ne peut que voir les sentiments complexes de l’enfant se porter en retour sur celle-ci. Aurait-elle alors organisé cette mise en scène par jalousie ?

         Devenu adulte, l'enfant redécouvrira peut-être cette photographie avec un autre regard, et il prendra conscience de l'humiliation qui demeure figée là. En tout cas, cent cinquante ans plus tard, ce soir, chez moi, sur mon écran, cette image n'est plus seulement la sienne mais elle est devenue d'abord celle d'un visage interdit et de son symbole.

La servante au grand cœur dont vous étiez jalouse,
Et qui dort son sommeil sous une humble pelouse,
Nous devrions pourtant lui porter quelques fleurs.
Les morts, les pauvres morts, ont de grandes douleurs.
[...]
Lorsque la bûche siffle et chante, si le soir,
Calme, dans le fauteuil je la voyais s'asseoir,
Si, par une nuit bleue et froide de décembre,
Je la trouvais tapie en un coin de ma chambre,
Grave, et venant du fond de son lit éternel
Couver l'enfant grandi de son œil maternel,
Que pourrais-je répondre à cette âme pieuse,
Voyant tomber des pleurs de sa paupière creuse ?

Charles Baudelaire       

retour                                                        haut de page

 

 

FIGURE DE PROUE
(musée de la Marine, Brest)



 Heureux le vent qui caresse une telle beauté !
retour                     haut de page



STATUE HEMBA

 Heureuse l'éternité qui épouse une telle sagesse !

retour                     haut de page




PHOTO  DE  FAMILLE  :  CHERCHEZ  L'ERREUR !
 

L'explication est   ici
retour                                               haut de page


 

Mon hospitalisation à l'hôpital Rangueil (novembre 2008)

          Chers amis,

          Odile a tenu certains d’entre vous au courant des péripéties qui ponctuent notre vie depuis un mois. En résumé, suite aux malheurs qui furent déjà les miens durant les mois de juillet et août, il s'est avéré qu’une intervention, à choisir dans une panoplie d’horreurs diverses, s’imposait. .

lire la suite ici


  Réveil dans les limbes

2001, l'Odyssée de l'Espace

        Chers amis, il faut maintenant que je vous raconte autre chose, une sorte de cauchemar vécu durant mon hospitalisation et dont le souvenir n’est pas prêt de me lâcher. Alors que je venais de subir la pose chirurgicale (sous anesthésie générale) du drain du péricarde, on m’avait placé en soins intensifs dans une immense chambre que j’occupais seul. Le premier soir, je n’avais pas vraiment observé cette pièce, tellement j’étais las et tellement toutes ces pièces se ressemblent. L’opération du péricarde se traduisait par un aller mieux, et ma toux me laissait quelque repos. Je me suis endormi tranquillement vers 22 heures et je me suis réveillé alors que le jour commençait à se lever et qu'une pâle clarté éclairait déjà la chambre. Celle-ci était tout en longueur, et depuis le lit dans lequel je ne pouvais bouger, je voyais la porte loin à gauche, et la fenêtre extérieure à droite dans une avancée du long mur qui me faisait face. Sur ce mur, en haut et à ma gauche, un poste de télévision laissait pendre deux câbles enfichés dans leur prise. En face de moi exactement, une fenêtre intérieure séparait ma chambre de la pièce voisine. Des lattes fines et horizontales, placées dans cette autre pièce, recouvraient complètement la fenêtre si bien que je ne voyais rien de ce qu’il y avait de l’autre côté. Trois cloisonnements verticaux, comme des fils, divisaient la surface en quatre parties : deux étroites sur les bords, identiques, et deux plus larges au milieu, identiques aussi. Ma tête se trouvait exactement en face du fil médian, si bien que je formais avec la fenêtre et ses bords, une figure mathématique parfaitement symétrique. Mon visage était au niveau de la partie basse, et ma vision vers le haut laissait alors apparaître des perspectives changeantes selon le penchement de ma tête ou l’insistance de mon regard. A droite, la fenêtre extérieure éclairait le pan de mur avancé, et la couleur blanche de celui-ci prenait un ton rosé matinal ; dehors, la clarté d'un mur de briques rouges étroit et tout en hauteur en accentuait le pastel. J’étais à un étage élevé ; tout au loin un paysage naissait au jour.

         La prise de conscience de tout cet environnement fut brève ; moi qui suis toujours en recherche photographique de paysages abstraits présentant des géométries bizarres, à peine eus-je le temps de m’amuser de la symétrie qui s’offrait ici à moi, car soudain je me rendis compte que j’étais devenu complètement amnésique ; je ne savais absolument plus qui j’étais ni où j’étais. La symétrie à laquelle je m’intégrais, les perspectives qui bougeaient, les couleurs, tout cela semblait procéder d’une intelligence glacée, et ma place là n’était pas due à un hasard mais elle était l’aboutissement d’un processus parfaitement déterministe. Je me pinçai pour m’assurer que mon état était bien naturel, oui, tout était normal, j’étais seulement ailleurs, tous liens coupés avec le monde que je connaissais et qui m’avait laissé là comme par calcul. Je sus tout de suite que j’étais mort. Je criai pour qu’on m’entendît, mais personne ne vint. Alors je m’abandonnai et me laissai absorber complètement par le spectacle de la chambre, cette chambre que je savais désormais être mon cercueil.

         Je vis soudain un vieil homme, élégant et droit, sans âge en fait, arriver de la partie droite arrière de la chambre, cette partie à laquelle ma vision limitée ne me donnait pas accès. Je reconnus ce personnage : c’est celui que l’on voit à la fin du film de Stanley Kubrick, « 2001, l’Odyssée de l’Espace », et qui se lève après avoir dîné dans une salle à manger surréaliste faite de décors moderne et ancien. Cet homme est un spationaute parti jadis à la recherche de Dieu et dont la vanité de la recherche est décrite par cette impasse. L’homme s’arrêta devant moi, me regarda avec bienveillance comme en signe de bienvenue, puis il disparut dans la partie arrière gauche de la chambre à laquelle ma vision n’avait pas accès non plus. Je compris que la position que j’occupais sur mon lit, que les symétries et analogies qui avaient souvent alimenté mes recherches, que ma réflexion sur l’identité de Dieu et de la Connaissance, seraient les miennes pour toujours. J’étais mort, oui, mais pas vraiment car je demeurais conscient de mon ignorance, alors que la véritable mort implique l’accès à la Connaissance et à Dieu. J’étais donc simplement éternel, condamné à stagner dans les limbes abstraits de l’ignorance, comme le héros de Stanley  Kubrick ou les divers avatars de Méphistophélès. (1) (2)

         Une infirmière, charmante et fraîche, entra alors ; elle me dit qui j’étais, où j’étais, elle m’expliqua que la morphine a parfois de tels effets, puis elle fit ma prise de sang du matin. La mémoire me revenait lentement. Je pris alors la main de la jeune femme, et je me retins de pleurer comme un enfant.

(1) Voir, à la page précédente, mon texte I comme Icare
(2) Voir plus haut mon texte Faust

retour                                               haut de page

 

 


LE PRIAPE DE MENEHAM

Je suis rêve, ô mortels, plus que monstre de pierre,
Et mon roc que la mer embrasse chaque jour
Inspire avec hauteur aux chaos alentour
Un fantasme muet ainsi que la matière.

Dans l’azur est dressé mon volume incompris ;
J’offre un coït géant aux tempêtes insignes ;
Les siècles et climats ne déplacent mes lignes,
Jamais je ne soupire et jamais je ne ris.

Les amantes, devant ma roide infinitude
Qui rabaisse l'orgueil des plus fiers monuments,
Gémissent en songeant là de béatitude ;

Car j’ai, pour aviver leurs mythiques tourments,
Le dur granit qui fait toute étreinte plus belle
Et d’un dieu fabuleux l’érection éternelle !
 

(d'après "La Beauté" de Charles Baudelaire)
ALP, à Kerlouan (Finistère), le 12 avril 2009


retour                                               haut de page


 

Salomé, Alice et Lolita


Gustave Moreau

 

        Mai 2009. Une Salomé de Richard Strauss à l'opéra de Toulouse, offerte (réinventée à l'extrême) par un génial Pet Halmen. Musique comme on la connaît, orchestration parfaite, mise en scène hallucinante, ambiance sulfureuse et sado-maso pour révéler les ébats et propos des deux monstres, orgie durant la danse de Salomé, masturbation collective des officiers, Hérode travesti et féminisé, Jean-Baptiste prisonnier de ses principes ou de sa crainte des femmes enfermé dans un phallus en plexi-glass, Freud quasiment sur scène, une multitude d'inventions psychanalytiques, décors fascinants et obscurs, écrin noir pour livret noir. Voir sur ConcertClassic (ou ici) la superbe critique de Jacques Doucelin, et celle de Robert Penavayre sur ClassicToulouse (ou ici). Lire enfin, un autre joyau pour parer le mythe de Salomé, le petit texte de Laurent de Caunes.

J'écris à Robert Penavayre :

        [...] Je n'allais pas jusqu'à imaginer que le monde extérieur à Salomé fût seulement le produit de son imagination, mais votre bel article donne un nouvel écho à ce qu'on peut lire ou penser. Rien de ce qui est noir dans la mise en scène de l'opéra ne serait donc vrai, seules  les  boucles blondes d'une belle enfant  nous ramèneraient là à quelque réalité. Les références aux bandes dessinées sont évidentes ; et les fantasmes sexuels expliquent tout, bien sûr, comme d'habitude. Cela — et tout le reste —  est selon moi d'une extrême cohérence, sans que je puisse comprendre votre (léger) soupçon d'incohérence quant à la mise en scène.

         En fait, sans aller jusqu'à faire référence à Lolita, mon analyse de Salomé, tout comme la vôtre sans doute, renvoie à Alice qui se retrouve au pays de ses fantasmes merveilleusement déguisés. Et je vois aussi, moi épris des symboles de Salomé et d'Hérodiade, et occupé à leur composer un corps unique mais bicéphale
(explication ici), je vois, dis-je, l'affreux Félicien Rops, produit impur des symbolistes, traîner sa pute et son cochon dans les espaces purs où Hérodiade crie sa haine et où Salomé, loin de n'être que l'écho de sa mère, offre au saint de ses prières une chair brûlante (et vierge) qui ferait le régal du Diable.

         Être diable ou être saint, là est la question ! Alors que tout aurait été simple, pour Salomé et pour tout le monde, si le saint avait été un peu diable ! Mais nous n'aurions pas eu alors le plaisir de voir et entendre ce magnifique opéra.

ALP 

retour                                               haut de page

 

 

L'ODALISQUE AUX YEUX D'OR

(20 juin 2009)

(Boris Smirnoff, dessin aux crayons de couleur et pastel, 54 x 44 cm, ca 1930)


      Comme Proust aurait pu le dire, lorsque sonne mon réveil des samedis matin, très tôt, moi conscient de cette rupture cruelle avec mon inconscient docile, j'aurais toujours souhaité dormir tard. Mais c’est peut-être l’espoir de rencontrer la même créature que dans mes rêves qui, depuis tant d'années, me fait lever avant l'aurore puis traîner ma recherche somnolente autour de la basilique Saint-Sernin, là où se tient ce jour-là un marché de brocante.

         Mon rêve est devenu réalité aujourd'hui. De la jeune féline née de mes fantasmes nocturnes, telle une apparition longuement conçue, courtisane encore admirable au retour matinal de ses débauches, j'emporte l'image avant même que la nuit ne s'achève. Je viens de l'acheter sur un trottoir, c'était pour quelques sous.

       Hélas ! Car du fait que je la possède désormais, elle a quitté l’éther immatériel — mon rêve, donc — où je l'inventais avec délice et patience. Elle était libre, elle ne l'est plus. L'ai-je gagnée ou l'ai-je perdue ?

      Vénale ainsi, puis offerte par moi à la fascination de tous, l'enchanteresse amoureuse dont je m'extasie sur la beauté perdrait-t-elle l'aura dont mes nuits l’ont vêtue ? Deviendrait-elle vulgaire loin de mes merveilleux sommeils ?

        Sous l'hypnose de ses yeux d'or, égaré en vaines interrogations, que pourrais-je alors faire d'autre que retourner dormir ?



retour                                               haut de page






à propos de l'affaire Polanski

Roman Polanski et ses bienfaiteurs français


        Après avoir fui pour échapper à la justice du pays où il vivait, on pourra s'étonner que Roman Polanski ait été accueilli à bras ouverts en France, une autre de ses patries  ; ici, sous la houlette de Jack Lang et d'autres relations aussi opportunes que réputées,  il aura été protégé par un solide bouclier culturel. Fait commandeur dans l'Ordre prestigieux des Arts et des Lettres (sans passer comme les autres élus par les grades théoriquement obligés de chevalier et d'officier), on l'a installé ensuite au pinacle de nos institutions, en habit vert sous la coupole du quai de Conti, assis là avec la fine fleur de nos élites ; et on parle maintenant pour lui de la légion d'honneur. Le président de la République, soucieux de faire valoir l'honneur, s'intéresse à son cas, et quelques hauts subalternes s'y intéressent également pour des raisons moins claires.

         Ce n'est pas à la France, à travers ces marques officielles et ces dithyrambes honorifiques, de disculper celui qui reste un criminel pour une justice américaine qui n'est pas plus mauvaise que la nôtre, cette nôtre qui a si lamentablement failli déjà dans une autre affaire de pédophilie récente et douloureuse. Ce n'est pas à une meute, de quelque nature qu'elle soit, d'absoudre ou de condamner Roman Polanski, mais c'est à la Justice de le faire. Le talent éventuel (discutable) de Roman Polanski ne lui donne par principe aucune impunité, pas plus que les malheurs personnels qu'il aurait subis sans sa vie, suite à ses origines ou à des circonstances conjugales largement médiatisées. Et on est plutôt satisfait que son appartenance stratégique à divers clubs influents ou compagnies distinguées se révèle enfin inutile. Imaginons un quidam américain auteur d'un même méfait, un pédophile ayant plaidé coupable se réfugiant en France... Celui-là serait reconduit illico dans son pays où il purgerait la peine prévue pour son cas. Je trouve que l'interpellation de Roman Polanski honore les justices américaine et helvétique ; celles-ci ne s'inclinent pas, comme l'ont fait (et le font) la justice française et quelques hauts dignitaires de l'Etat, face à des désirs ou à des ordres dictés en de secrètes mais résonantes chapelles.

         La poursuite tardive d'un pédophile, fût-il un homme célèbre et adulé, relève du même principe que la  traque patiente de criminels planétaires, traque que nous approuvons bien sûr, même si lesdits criminels, tout comme l'autre bonhomme, n'apportent plus de nuisance aux sociétés où ils se sont réfugiés puis sagement intégrés. Ce qui s'oppose à l'humanisme n'est pas quantifiable : viol crapuleux d'une enfant de 13 ans ou génocide, le principe du mal est le même ; et les juges engendrés par la Loi, par les lois, par le Droit, le savent, eux qui sont (ou devraient être) par essence, partout et a fortiori dans nos pays riches et évolués, les défenseurs de valeurs universelles.

         L'arrestation de Roman Polanski s'inscrit donc dans le bon ordre des choses ; elle rassure.

ALP
blog du Figaro, 28 septembre 2009
blog du Monde du 1er octobre 2009

Notes :

1) Lire le témoignage accablant de la victime de Roman Polanski.

2) Polanski : quand Hollywood était le bal des vampires. Lire un texte terrifiant, sur le site de Marianne 2, au sujet des orgies hollywoodiennes où nombre de jeunes filles, semblables à celle qui a été la victime de Roman Polanski, ont perdu plus que leurs illusions.

3) Lire la réaction hallucinante de Frédéric Mitterand, notre ministre de la Culture, après l'arrestation de Roman Polanski. Pour essayer de comprendre cet excès, lire aussi un extrait de son livre autobiographique Mauvaise vie publié en 2005. Cet extrait est relatif au tourisme sexuel de Frédéric Mitterand dans des pays exotiques, et à sa pédérastie avouée. Ce ministre-là, forcément impuni dans un pays comme le nôtre, serait en prison sous d'autres cieux auxquels notre système politique se réfère pourtant.

4) Post-scriptum : Voir ci-dessous les malheurs de leur copain DSK. En France, pour raison d'état et grâce aux potes de ses réseaux, notre french Polanski-bis n'aurait eu aucun souci à se faire.

5) Septembre 2011. DSK rentre en France, la queue plutôt basse. Tapis rouge déroulé à TF1 le dimanche 18 pour un interrogatoire biaisé et complaisant, préparé et mis en scène par la copine de sa femme Antigone. Le même Jack Lang qui blanchissait déjà son pote Polanski tout noir, s'oblige à nous offrir en écho de cette émission, sans aucune gêne ni complexe, une tartine dégoulinante d'admiration. La bidouille médiatique de TF1 était pourtant grossière au point qu'elle aurait indisposé une grande partie de la classe politique et journalistique, tous bords confondus. Jack Lang est un sempiternel valet, et un flatteur aussi, qui n'a pas à figurer dans les fastes de notre Histoire ; mais son apologie de DSK, à contre-sens de tout le monde et après son fameux bémol « Il n'y a pas mort d'homme », demeure néanmoins édifiante :

      « Dominique a parlé [sur TF1] la langue du coeur, de la vérité et de l'intelligence. Son intervention remarquable était pleine d'émotion et de justesse. Je suis fier d'être son ami. Il a révélé une fois de plus sa haute stature intellectuelle et morale dont je n'ai personnellement jamais douté. Dominique a montré ce soir avec éclat à quel point il était un homme d'Etat dont nous avons été provisoirement privés par la calomnie, l'injustice et le mensonge. Son analyse visionnaire de l'Europe fait apparaître que la France aura de nouveau besoin de son impressionnante compétence et de son expérience ».


     Etonnant, non ? "

(ALP, blog du Figaro, 27 septembre 2011)



retour                                               haut de page

 

 

(février 2010)

Intertextualité et sexualité


       Martial X., rédacteur-en-chef d'un quotidien régional, propose à ses amis de disserter sur un sujet proposé à la réflexion des adolescents de la classe de seconde de son fils Thomas. Ce sujet, relatif à l'intertextualité, ne m'inspire pas. A défaut de bien comprendre moi-même ce qui est demandé, je mets à contribution mes deux chers amis, Jacques Theillaud, grand humaniste devant l'Éternel, et Mimi Le Floch, une poétesse de Brignogan (Finistère) qui fait toujours merveille dans les forums où elle se plaît à intervenir (à l'OULIPO en particulier) :

       Salut Jacques, salut Mimi.

       Jacques, pourrais-tu intervenir à ta façon dans ce forum qui prend une dimension inattendue ? Homme d'esprit, versé accessoirement dans l'enseignement, tu es un Oulipien aussi ! La magie des mots, leur pertinence autant que leur impertinence, leur utilisation irrationnelle, la dénonciation
in brupto, c'est ton truc, et ton dernier livre le prouve magnifiquement.

       Mimi Le Floch, vous êtes une femme brillante, taillée dans un bloc de bon sens, chacune de vos phrases mériterait d'être érigée au rang de proverbe, vos propos ont toujours fasciné les participants des forums sur lesquels nous nous sommes rencontrés. Êtes-vous toujours en course, chère Mimi ? On vous attend ici. Peut-être même pourriez-vous demander à l'illustre Ernestine Chassebœuf, votre amie dont on n'entend plus parler, d'étendre ce crucial débat sur l'intersexy-dualité. Ernestine a votre écoute, c'est une femme d'esprit, et je ne doute pas que ce sujet ne l'inspire également.

       Dans cette discussion, cher Jacques et chère Mimi, vous rejoindrez une meute d'affamés qui attendent, sans le savoir, votre manne prophétique.

       Grosses bises à vous,

       Alain



La réponse de Jacques Theillaud

lire ici




La réponse pittoresque de Mimi Le Floch :

intertextualité et sexualité

       Je vous dis : bonjour messieurs. Je ne sais pas qui c'est monsieur Martial mais je connais monsieur Alain Le Poutriec qui s'appelle alepour sur internet, et monsieur Jacques Taillaut dont j'ai du mal à écrire le nom et avec qui j'ai été en contact dans un passé aussi plaisant que récent et riche d'échanges fructueux et de discussions dans tous les azimuts de l'intelligence humaine. Je dis même que monsieur Jacques Teillod a voulu jadis peloter mes nichons par internet, c'était il y a quelques années, mais je lui pardonne car ça partait d'un bon sentiment et c'est un bon souvenir avec l'âge qui m'envahit. Monsieur Jacques Teillaut est un brave garçon même si son langage qu'on n'entend pas souvent peut altérer la couche féminine toute en finesse de ma sensibilité à fleur de peau. Et je trouve monsieur Martial que vous avez raison de mobiliser l'opinion généralisée pour un sujet qui fait des émules assidues : j'ai parlé du sujet qui se nomme "intertextualité" et que chacun essaie de comprendre à sa façon selon sa perception du monde moderne. Moi je dis qu'il y a de la sexualité cachée là-dessous.

lire la suite ici

 

Pas de réponse d'Ernestine Chassebœuf, hélas !

J'apprends qu' Ernestine Chassebœuf  est décédée en 2005. Une grande perte.

Voir ici le site personnel consacré à cette femme d'exception.

retour                                            haut de page

 



PIERROT LUNAIRE

Arnold Schönberg

Toulouse, mars 2010


(Antoine Watteau)


         Pierrot Lunaire à Toulouse, un évènement médiatisé. Au musée des Abattoirs, exposition de peintures réalisées par Arnold Schönberg (essentiellement des auto-portraits) et arrivées tout spécialement de Vienne. Récitals et conférences à l’appui. Excellents solistes de l'orchestre du Capitole dirigés par Alain Altinoglu.

         Anja Silja, une wagnérienne légendaire des années 1960, fête ici 50 ans de scène en rendant hommage au géant expressionniste que fut Schönberg. Hélas ! À 70 ans, quoique haute encore sur fierté et sur talons, elle n'a plus la finesse physique qu'on imagine dans le monde spirituel et retors de la commedia dell'arte, et sa voix a perdu une puissance qui fut jadis célébrée. La mise en scène, réduite à un minimum, a été adaptée à la souplesse perdue et à la mémoire défaillante de l'ex-prestigieuse diva, alors que celle-ci, toujours assise, laisse tomber, dans un mouvement programmé, les feuillets de son texte à la fin de chaque lecture : c'est l'automne à Bergame. Le regard de la Lune sur l’oreiller, ou le croissant de son sabre sur le cou de Pierrot, n’inspirent pas à Anja Silja les hurlements des Marianne Pousseur, Barbara Sukowa et autres Helga Pilarczyk. La chanteuse n'éveille pas chez nous les émotions violentes que Oskar Kokoschka ou Egon Schiele ont fixées en terreur. L’oreiller est dur ici, et le glaive lunaire plutôt mou.  

         Cela a gâché évidemment le plaisir des amateurs. Mais le pire fut de lire les textes sur-titrés proposés en mariage avec la musique. Loin de la magie des rondeaux d’Albert Giraud — ceux-là qui fascinèrent d'abord Otto Erich Hartleben puis Schönberg — on nous a présenté une re-traduction française de la traduction allemande, un texte forcément déstructuré, dégradé et devenu sacrilège. La musique de Schönberg est indissociable de la musique littéraire propre aux 21 poèmes, que ce soit celle originelle de Giraud ou celle, également magnifique, de Hartleben. On ne peut ici écouter beau sans lire beau, ces deux fascinations doivent être simultanées, elles sont complémentaires, chacune élève l’autre. Comment comprendre les cris et les incantations de la récitante sans avoir un accès total aux hystéries récurrentes de Pierrot et aux non-dits cachés dans les ciselures d'une versification savante ? Aucune musique vocale autre que Pierrot Lunaire ne peut être aussi proche du texte qu’elle porte. Un chef-d’œuvre (musical) vient ici continuer un autre (littéraire) et ces deux-là en osmose constituent alors une somme très supérieure à leur simple addition. Les spectateurs toulousains auront été privés de cette résonance.

         Quel suprême plaisir aurait donc été le nôtre si la chanteuse avait pu être aussi folle et cruelle que son Pierrot, et si le texte que nous lisions n’avait pas été cette injure faite au Poète  !

       Heureusement, La Voix Humaine d’une Stéphanie d’Oustrac époustouflante de jeunesse et d’élégance (et de santé aussi après le blafard dandy) est venue ensuite nous émouvoir à l’extrême.

ALP

Notes :

1) Lire ici  l'intégralité du poème d'Albert Giraud.

2) Suite à mon intervention au colloque qui s'est tenu au musée des Abattoirs le 24 mars 2010 sur le thème " Schönberg et le désir de l'œuvre d'art totale ", et après m'être étonné en public qu'Albert Giraud ne fut même pas cité dans les débats, j'écris  à l'organisateur de la journée.

3) Trilogie féminine pour chefs-d'oeuvre lyriques, par Robert Pénavayre.

4) La Voix Humaine = Poulenc + Cocteau

retour                                                haut de page

 

 

Simple galet ou divine œuvre d'art ?

 

    On reste songeur en observant la quasi-perfection d'un objet façonné (engendré) pendant des millénaires par les forces aléatoires conjuguées de la Terre, du vent et de la mer.  Le hasard ?

    Cette merveille a été trouvée parmi les milliards de cailloux du Sillon de Talbert, dans les Côtes-d'Armor, en Bretagne. Dimensions : 10,5 x 6,5 cm. Epaisseur moyenne : 2 cm environ. Granit. La surface est très lisse, régulière, sans la moindre trace d'ébréchure. Les deux faces sont identiques.

    Comme on peut le voir sur la photographie, la symétrie verticale est parfaite. Les diagonales du rectangle dans lequel la figure est inscrite se coupent sur l'axe de symétrie y'y, au point O, juste au-dessus du point G situé sur l'axe horizontal x'x qui relie les deux points de contact du galet avec les côtés verticaux du rectangle. Ce décalage (i.e. le petit triangle rouge) traduit une forme ovale légèrement déformée. La partie inférieure est un peu plus large que la partie supérieure, telle une base, comme pour assurer quelque stabilité ou équilibre à la figure. Il serait intéressant d'analyser la nature mathématique de chacune de ces deux moitiés, et de les identifier au mieux comme des ellipses ou des ovales de Cassini.

    Mais cette rarissime symétrie n'est pas la seule particularité géométrique de notre galet.

    Observons d'abord que le petit triangle rouge (ainsi que les autres triangles qui lui sont semblables) est presque équilatéral (angles : 58, 58 et 64 degrés). Amusons-nous à y voir le nombril symbolique par lequel notre galet se serait nourri, à partir du désordre universel, des substances contraires qui ont généré son ordre.

    Ensuite et surtout. Appelons A,B,A' et B' les points d'intersection de l'ovale avec les diagonales du rectangle, et traçons les tangentes à la courbe en ces points ; appelons a,b,c,d et a',b',c',d' les points où celles-ci coupent les côtés du rectangle. Alors que la symétrie déjà observée implique forcément l'horizontalité des droites cd et c'd', on remarque aussi que les lignes aa' et bb' sont parfaitement verticales, ce qui était hautement improbable en raison de l'absence de symétrie horizontale par rapport à l'axe x'x.

    Comme une règle d'or, cette autre propriété cachée (mais révélée ici par les lignes mathématiques étranges que nous superposons au dessin naturel) serait-elle la clé d'une harmonie que la symétrie seule ne saurait ni produire ni expliquer ?

    Au delà de tout ésotérisme mais avec un certain romantisme (hugolien), plaisons-nous à voir dans le dessin mystérieux et savant de ce petit caillou, le jeu et la signature du Créateur de toutes choses.

 

Remarques géométriques secondaires. La forme du galet et le décentrement OG s'accompagnent de deux autres propriétés remarquables. On observe en effet que l'intersection h de cd avec y'y est l'orthocentre du triangle OAB supérieur (point commun des trois hauteurs), et que l'intersection g de c'd' avec y'y est le centre de gravité du triangle inférieur GA'B' (point commun des trois médianes). Constructions en vert sur la photographie. Deux autres règles d'or ?

Remarque philosohique primordiale. Le désordre engendrant l'ordre, le chaos engendrant la symétrie :

"Il [le galet] était  là avant d'exister." (André Darmon)

(cliquer sur les images pour les agrandir)

(août 2010)

Photo et article repris ici et

retour                                                haut de page

 



L'origine du monde



     Sous le titre "Chair ouverte", j'ai présenté cette figue de mon jardin à un concours de photographie portant sur le thème "Sensualité". Jugée excessive, l'image a été interdite.

     Les organisateurs de ce concours, refusant à la Photographie le droit de création, de suggestion et d'analogie, nient donc qu'elle soit un art. Assurément ces censeurs-là n'ont pas une très haute idée du principe qui les nourrit. Sur internet, hier, ils ont plongé la Photographie, art de lumière par excellence, dans la négation des Lumières et dans un obscurantisme désuet. Là où s'expriment aujourd'hui les plus délirantes libertés, la méchante et vieille Anastasie joue encore avec ses ciseaux.

     Hommage à Gustave Courbet et à André Gill.

(septembre 2010)

retour                                                haut de page

 


Hommage à Jean-Yves Povy


Exposition des œuvres de Jean-Yves Povy
au Centre Culturel Franco-Allemand de Karlsruhe.
Allocution de présentation lors du vernissage, le 23 septembre 2010.



     Monsieur le Consul Général de France,
     Madame la Directrice des Affaires Culturelles de la ville de Karlsruhe,
     Monsieur le Directeur du Centre Culturel Franco-Allemand,
     Chers Jean-Yves et Géraldine,
     Mesdames, Messieurs,

     Il est banal d’affirmer qu’un artiste est l’héritier de tous ceux qui l’ont précédé, et banal encore de dire qu’il deviendra lui-même l’inspirateur de ceux qui arriveront après lui. L’évolution de l’art est déterministe, sans génération vraiment spontanée. Chaque artiste est le maillon d’une chaîne continue, et il se définit par les parts qu’il emprunte nécessairement à ceux dont il s’est inspiré plus ou moins consciemment. Mais ces composantes externes sont insuffisantes pour le reconstituer totalement, et la fraction manquante n’est rien d’autre alors que sa participation personnelle à l’art universel.

     Dans les sculptures de Jean-Yves Povy, les collectionneurs s’amusent à discerner une lointaine parenté avec un Gaston Chaissac, un Combas, un di Rosa, ou avec les arts dits primitifs. Mais ces amateurs-là s’étonnent ensuite d’apprendre que Jean-Yves Povy, au commencement de sa vie artistique, n’avait jamais entendu parler de ces distants et célèbres prédécesseurs. C’est que le sculpteur auquel nous rendons ici hommage est un pur autodidacte, c’est donc aussi un artiste premier, il est vierge de toute influence directe, nourri seulement, comme on vient de le dire, à une fluide artistique porté par « l’air du temps ».

     … Et nourri aussi à l’air marin et iodé de Bretagne, car c’est en assemblant par jeu divers morceaux de bois ramassés sur les plages — des vestiges d’un monde devenu parallèle — que s’est développée l’imagination féconde de Jean-Yves Povy. Dans son atelier, les débris patinés par le vent et par les marées sont posés, en désordre d’abord ; puis l’artiste les touche avec amour, il communique avec eux, il les trie, il les rapproche, il les superpose, il change leur place un jour, il les déplace légèrement le lendemain, puis il modifie encore leur arrangement. Tout se passe comme si l’atelier de Jean-Yves Povy était un théâtre où des marionnettes désarticulées à plat sur le sol étaient animées d’un mouvement lent et séquentiel vers un équilibre encore indéterminé. Telle est la recherche constante de Jean-Yves Povy, celle de formes suggérées par des exigences poétiques floues dans un espace mental rigoureux. Voilà une recherche itérative forcément faite de découvertes et de déceptions, de remises à plus tard, d’oublis, d’abandons et de retours.

     Jean-Yves Povy est exigent, oui, et plusieurs semaines, sinon plusieurs mois, sont nécessaires à la création de chacun de ses petits bonhommes. Dans la lente gestation de ces figures, les bois encore humides et imprégnés de sel marin constituent la première matière d’un univers étrange. D’autres objets récupérés ici ou là, pour insignifiants qu’ils soient dans l’absolu, viennent ensuite compléter l’apparence humaine de ces assemblages. Morceaux de ferrailles ou autres débris se mêlent en une somme subtile dont le résultat se situe bien au-delà d’une simple addition, dans une résonance où Jean-Yves Povy, comme dans un souffle créateur, communiquerait alors sa propre vie à la matière qu’il a choisie et façonnée.

     Bientôt donc, voilà nos petits bonhommes figés en des poses définitives. Avec leurs gestes suspendus dans des géométries angulaires ou dans des courbes savantes, avec leurs regards étonnés ou rieurs, on s’attendrait presque à voir bouger ou parler cette foule de chorégraphes déhanchés, de saltimbanques sympathiques, de petits dieux hiératiques, tels des Pinocchios revisités.

     Il est intéressant d’étudier l’évolution des œuvres de Jean-Yves Povy depuis 15 ans, et d’observer l’alternance de sculptures drôles et colorées avec d’autres plus sobres et naturelles, et aussi avec des formes noires et sérieuses dont le dessin cubiste n’est pas sans rappeler Gromaire. Et on se plaît à imaginer que l’artiste, bien plus complexe qu’il puisse paraître, est présent là dans chacun de ces automates arrêtés, lui-même dispersé dans ses propres œuvres. Jean-Yves Povy est tout fait de gentillesse et d’humour, et il est porteur également d’une intelligence et d’une sensibilité que ses œuvres restituent. Il est clair que ses créations sont les reflets de son propre esprit. Les bonhommes nous regardent autant que nous les regardons, avec joie ou mystère, tristesse parfois, mais toujours avec amitié et tendresse. Cette fragmentation de lui-même, comme dans un kaléidoscope aux multiples miroirs, constitue le dénominateur commun des sculptures de Jean-Yves Povy. Voilà qui assure la cohérence et l’authenticité de son art. Assurément, l’artiste et ses œuvres ne font qu’un, fondus au plus haut niveau, là où le mental devient sensible dans une définition essentielle de l’art.

     La presse française s’est déjà fait l’écho du talent de Jean-Yves Povy, et de nombreux collectionneurs se disputent ses sculptures. On peut voir sur son site internet l’intégralité de son œuvre. La présente exposition montre un échantillonnage de ses différentes périodes. Nous ne doutons pas que tous les publics ne s’intéressent à cet artiste complet.

     Je suis reconnaissant au Centre Culturel Franco-Allemand de Karlsruhe de me donner l’opportunité de faire ici l’éloge d’un artiste aussi doué et attachant. Merci.

ALP

retour                                                haut de page

 

 

La faille d'un système :

Luis Bunuel, Jacques Attali, cybernétique et contradictions diverses


     La municipalité d'une petite ville de l'Isère prépare une manifestation culturelle pour février 2011. Pour sa publicité elle utilise d'ores et déjà le serveur de courrier — sans doute piraté — d'une société qui dispose d'un grand fichier d'adresses mystérieusement collectées. La quasi-totalité des gens qui reçoivent le message culturel publicitaire ne sont pas concernés et répondent en demandant à ladite municipalité (et à l'autre société tampon ) d'être immédiatement effacés de la liste de distribution. Hélas ! Les messages des plaignants sont automatiquement redistribués à la totalité de la liste, si bien que plusieurs centaines de messages et leurs réponses, et les réponses à ces réponses... sont ainsi reçus par tout le monde en quelques heures. Le système s'emballe, les responsables du site ne maîtrisent rien. Ces messages, écrits par des gens énervés, ne sont jamais aimables, rarement drôles, et ils vont jusqu'aux menaces de procès et aux injures grossières. Je suis dans cette soupe, je m'y amuse, et voici ma participation écrite à ce joli mélo-mélo.

     Chers amis et victimes,

     Oui, il faut bien l'admettre, le hasard (ou son frère) nous a réunis dans la même galère. Nous voilà condamnés, durant un temps indéterminé, à nous habituer à une promiscuité non désirée, à nous en amuser ou à nous mettre en colère et, plus subtilement, à observer la dérive amusante d'un système. Car les lois internet, en principe celles strictes et logiques de l'informatique, trouvent ici le jaillissement de leur contraire dans une petite faille de programmation : d'un planning structuré est né tout un tohu-bohu ! Voir ci-après une situation romanesque analogue et un autre exemple de système générant sa propre contradiction.

     1) L'Ange Exterminateur, film de Luis Bunuel.

     Dans un quartier chic de Mexico, une assemblée de notables n'arrive plus, pour des raisons psychologiques complexes, à s'extraire d'une maison où se tient une réception mondaine. Sous l'œil de Bunuel la promiscuité caricaturale qu'engendre cette fermeture sociale devient la source d'échanges étonnants et de révélations morbides. Ce n'est que grâce à des forces étranges que les convives parviennent enfin à se libérer de leur prison psychique ; et chacun se sépare donc d'autrui, vite, mais c'est pour un temps seulement, jusqu'au moment d'un Te Deum de remerciement célébré peu après dans une cathédrale et où le scénario surréaliste recommence à son début : personne ne parvient plus à sortir de l'église ! Ainsi, chers amis, sommes-nous peut-être appelés à nous fréquenter plus longtemps que nous le souhaiterions. Soyons donc aimables entre nous, d'autant plus que si nous sommes réunis là dans un contexte aussi singulier, dans cette sorte de messe aussi, c'est que nous avons forcément un point commun.

     2) Il y a de nombreuses années, alors que je devais participer à une session de colloque prévue dans le grand amphithéâtre du Palais des Congrès de Versailles, et alors qu'une salle de dimension plus modeste avait été mise à la disposition de Jacques Attali pour une conférence qu'il devait faire au même moment, les organisateurs, conscients de leur erreur, décidèrent in extremis d'intervertir les salles déjà occupées par leurs auditeurs respectifs. Pendant un quart d'heure ce fut la bousculade dans les couloirs, le temps pour chacun de s'amuser un peu, de faire quelque connaissance dans le flux migratoire croisé, et de plaisanter là sur la faille du système qui nous réunissait. En effet c'était un congrès de "cybernétique" consacré à l'étude de lois qui régissent les ordres social, économique et scientifique de notre monde ; et dans ces couloirs transformés inopinément en joyeux laboratoire nous observions très sérieusement que la finalité de nos travaux, c'est à dire le mieux-être de l'humanité, résidait d'abord dans un simple et naturel et contradictoire désordre, c'est à dire dans la négation de l'ordre dont nous analysions laborieusement les vertus pour tenter d'en maîtriser (ou imiter) les mécanismes. Chers amis, comme tous les bénéficiaires de cette ancienne et plaisante leçon ayons l'humilité de déceler d'abord le côté positif de notre semblable brouhaha d'aujourd'hui ; comprenons facilement qu'une erreur puisse être bénéfique à la recherche de la vérité et, moins facilement, que la structure la plus cohérente et la mieux organisée puisse naître du chaos. [Post-scriptum : voir la description du galet ci-dessus]

     Oui, comme le disait hier un philosophe rigolo de notre nouvelle communauté fortuite et obligée, organisons tous ensemble un gigantesque barbecue (ainsi que le Te Deum de Luis Bunuel). Et apprenons aussi à vivre avec tolérance pour le cas où notre réunion devrait se prolonger, ou pour le cas idéal — c'est un fantasme — où celle-ci ne serait pas due au hasard mais au plan élaboré par un génial et secret Machiavel.

     Pour pousser (légèrement) la réflexion sur les systèmes et leurs fonctionnements contradictoires, lire ici.

     Observons une autre contradiction en plein dans le sujet : soucieux d'atténuer la divergence de la présente situation, ceux qui nous demandent de ne plus écrire doivent écrire pour nous le demander ! Pas simple.

     Cordialement

ALP
19 octobre 2010

retour                                                haut de page

 


Jean Chrétien et les nôtres

Lettre adressée à M. Nicolas Sarkozy, président de la République,
à défaut de pouvoir joindre le Premier Ministre François Fillon,
à défaut de pouvoir joindre Mme Alliot-Marie, ministre des Affaires Etrangères.

Ce même message a été censuré sur un blog du Figaro.

Sujet : Jean Chrétien, ancien premier ministre du Canada.



Week-end de pêche au lac des Îles, en Mauricie, septembre 1969
Pascal X, Jean Chrétien, Marcel Crête

 

       Monsieur le Président,

       Dans les années 1980, lors d'un séjour et d'un dîner à Montréal, j'ai rencontré M. Jean Chrétien, qui était alors le ministre des Finances du Canada avant de devenir Premier Ministre un peu plus tard ; je l'avais bien connu dans les années 1970 lorsque j'étais coopérant à Québec et qu'il était alors le jeune ministre des Affaires Indiennes et du Grand Nord (et c'était aussi un excellent pêcheur de truites).

     Jean Chrétien me racontait que, le mois précédant notre discussion, il avait été convié par un milliardaire américain à faire une conférence à Miami devant un parterre composé d'autorités locales. Ledit milliardaire avait mis son jet privé à la disposition de son invité, mais celui-ci avait refusé cet avantage ainsi que tous les autres qui lui avaient été proposés, préférant utiliser un vol régulier et ne pas entacher ainsi son avenir de la moindre suspicion de conflit d'intérêts. Jean Chrétien expliquait qu'au Canada comme aux Etats-Unis, monter dans l'avion d'un homme d'affaires susceptible de pouvoir vous aider financièrement pouvait détruire la carrière d'un homme politique, et que de toute façon, pour des questions d'éthique, "cela ne se faisait pas".

     On imagine que Michèle Alliot-Marie, si elle avait été Canadienne et ministre des Affaires Etrangères de ce pays, ou François Fillon s'il avait occupé là-bas le poste de Premier Ministre, auraient été mis à mal après leurs affaires tunisienne et égyptienne ; et on imagine également que, dans la même situation au Canada, beaucoup de nos dirigeants politiques — aux mœurs délicieusement exotiques pour ne pas dire bananières — auraient été retournés, au nom d'une morale et de principes évidents, à leurs occupations premières.

     Tout le reste n'est que littérature.

     Je transmets copie de ce message à M. Jean Chrétien.

     Croyez, monsieur le Président, à ma très réelle et parfaite considération.

ALP, 7 février 2011


Ministres en cuisine

     Avec la casserole bruyante qu'il traîne, le Juppé des Bordelais, échaudé — on le croyait cuit — aux fourneaux politiques, a tout intérêt désormais à ne pas négliger les arrière-cuisines de repli dont il dispose en toute légitimité. Mais que nous sommes loin ici de l'esprit de la loi, et encore plus de l'esprit de Montesquieu ! A son retour d’exil, la noble décision du méprisant bonhomme (Juppé, pas Montesquieu) de refuser tout cumul susceptible de nuire à la ville qui en faisait malgré tout son premier magistrat, n’aurait-elle été qu’un leurre stratégique ? Car voilà notre pseudo-contrit revenir aujourd’hui à un bon sens plus raisonnable : il prend tout !

     Et puisqu’on parle de diverses casseroles, celles multiples dudit Juppé super-star, celle pharaonique de son patron Fillon super-jet, la longue poissonnière du Longuet super-innocent, la couscoussière de la super-Mama-qui-n’a-rien-à-se-reprocher, et les pleines marmites d’autres super-opportunistes, observons que c’est toute une vieille super-cuisine que le Président nous retape aujourd’hui. Certes c’est dans les vieux chaudrons qu’on fait la meilleure soupe, mais le problème reste de savoir pour qui est la bonne soupe. Hélas !   

ALP - Blog du Figaro, 27 février 2011

retour                                                haut de page





Tchernobyl et Fukushima


Photographie Laurent Lambert


     Le plan français de sécurité relatif aux accidents nucléaires, qui sera appliqué prochainement après l'accident de Fukushima, est un produit politicien qui a déjà été mis à l’épreuve avec succès lors de la catastrophe de Tchernobyl en 1986. Il avait consisté alors à interdire autoritairement au nuage radioactif de pénétrer au-dessus de notre territoire national. Qu’aurait pu faire un simple nuage, fût-il intelligent et délétère, face à un ordre aussi radical ? Rien. Obéissantes et craintives de nos frontières hostiles, les particules radioactives sont donc passées en Suisse et en Italie, elles ont ensuite docilement contourné la Corse, puis elles sont allées achever on ne sait où leur course meurtrière.

     Juste un problème pour moi et ma famille qui avions résidé (en France) là où il ne fallait pas résider en ce mauvais moment. Ma fille Clémence, âgée de 12 ans au début de sa maladie en décembre 1987, est morte en 1992 d’un rhabdomyosarcome (cancer des muscles) après quatre années d’un martyre effroyable que j'ai décrit dans mon livre Cueille la Nuit. Moi-même, âgé alors de 48 ans et en parfaite santé avant cela, c’est par miracle que j’ai survécu en 1993 à un grave et rarissime cancer thyroïdien dont la soudaine prolifération dans notre pays n’avait de cause possible (et admise ensuite) que le survol soi-disant inobservé du même méchant et fugace nuage.

    En raison certainement de ma profession scientifique (quoique non médicale), les médecins qui nous soignèrent, ma fille puis moi-même, m’ont toujours instruit de la réalité de notre mal ; grâce à eux j’ai eu accès aux revues médicales qui décrivaient les causes probables des deux maladies apparues chez nous comme en cascade. J’ai observé les discontinuités des statistiques illustrant les conséquences de l'accident de Tchernobyl quelques années après l'explosion ; sur des courbes savantes, de véritables murs verticaux y traduisaient de manière hallucinante la multiplication brutale par 10 ou 100 de certains types de cancer ! Les analyses mathématiques prouvent et expliquent sans équivoque les relations causales entre l'accident et les maladies probables observées aussitôt après ; et aucun scientifique sérieux, à moins qu'il ne soit aussi un personnage politique, n'oserait nier l'évidence de cette corrélation. On sait la croissance toujours actuelle des cancers d'enfants et celle des maladies thyroïdiennes en général, mais on évite encore de nous renseigner sur leur cause, sur leur prolifération inquiétante, et en particulier sur ce qui arrivera dans 30 ou 40 ans aux femmes des régions de Provence et de Corse qui étaient des jeunes filles en 1986.

     Tchernobyl, donc. Tout cela est consigné dans des rapports auxquels le commun du peuple n’a pas accès, écrits aussi en un jargon que seuls les spécialistes peuvent comprendre. Top secret !

     Après les conséquences prochaines et inéluctables, en France comme partout, des accidents japonais, je ne doute pas que les autorités de notre pays ne continuent de nous mentir et d'entretenir notre optimisme. Mais c’est pour notre bien qu’elles le feront, car le bonheur du peuple réside d’abord dans l’ignorance des causes de son possible malheur, cela s’apprend dans les grandes écoles. Faisons donc confiance aux politiciens qui savent, ceux-là qui nous rassurent bien plus qu'ils ne se moquent (aussi) de nous. 

     Tout ira très bien, madame la Marquise !

ALP - Blog du Figaro, 16 mars et 8 septembre 2011

Post-scriptum du 18 mars 2011 (!) : Un non-lieu pour les victimes de Tchernobyl
retour                                                haut de page



Le retour du croisé
extrait du Grand Inquisiteur

Dagobert de la Butte aux Piles (auteur)
Hilare Poilaunet (traducteur)
(Hilare par son baptême et comique prédestiné car né Poilaunet)


Intégralité des 14 rimes en -pire
(selon le dictionnaire de Pierre Desfeuilles paru aux éditions Garnier en 1928,
repris par les éditions Bordas en 1992)

     Le comte de la Butte aux Piles, revenant de croisade, s'aperçoit que son épouse Effregonde l'a trompé durant son absence. En effet elle ne porte plus la ceinture de chasteté qu'il avait si amoureusement posée avant son départ. Pour sa femme infidèle, il demande ici au Grand Inquisiteur le châtiment suprême :

Satan, qui la réjouit, garde sous son empire
Cette esclave enivrée à lui tel un vampire.
D’un extrême bordel la règle qu’il inspire
Des stupres interdits ordonnance le pire (1)
Et puis le pire encor d’une infernale spire
Où sans aucun recul tout diverge et empire.
La turpitude est l’air que ma femme respire
Et au vice absolu la voilà qui aspire
Alors que je découvre à mon retour d’Épire
Qu’impure avec nos gens cette catin soupire
Et que dans leur péché sans cesse elle transpire.
C’est contre mon honneur que la bête conspire,
Seigneur ; pour qu’elle expie, oui, veuillez qu’elle expire.

Hilare Poilaunet, alias William Shakespeare   


(1)
« Pour amener ici la rime unique qui fait la puissance de cette tirade, Dagobert de la Butte aux Piles a dû composer avec la place naturelle des mots. Ainsi, dans ce vers, les "stupres interdits" précèdent leur "pire", tout comme à la ligne précédente "D’un extrême bordel " était déjà placé avant "la règle". Mais dans ces inversions techniques on peut voir également et surtout, comme chez un autre célèbre Dagobert, la marque de l’interrogation existentielle que l’envers mystérieux des choses suscite toujours chez les intellectuels. »

Jean-Paul Sartre

Voir ici cette tirade dans le contexte de la pièce d'où elle est extraite.

Lire ici un autre exemple d'intégralité dû également à Hilare Poilaunet, mon alter ego anagrammatique

retour                                                haut de page

 

 


Anne Sinclair



     J'ai peu de sympathie pour Anne Sinclair. C’est depuis le jour où cette femme pourtant comblée, intelligente et belle et riche, a cru devoir blesser sans raison admissible, dans une émission de télévision dont elle tenait la barre, la très marine et bretonne Florence Arthaud, ma payse. Les obsessions existentielles et récurrentes d’Anne Sinclair, portées si fort par tout un principe, ne sont pas les miennes ; mais néanmoins je m’y intéresse dès lors que les Lumières les éclairent, et je les rejette dès lors que les mêmes Lumières s’éteignent.

     Après l’indifférence plutôt négative que je lui portais donc, depuis la récente "affaire DSK" Anne Sinclair est curieusement devenue une femme qui m'intéresse.

     Alors que j’ai été nourri depuis mon enfance aux  textes et pensées qui sont à l’origine d'une civilisation occidentale qui est forcément devenue la mienne, et alors que je demeure aussi ouvert à toutes les fusions culturelles qui en accroissent la richesse, Anne Sinclair m’apparaît aujourd’hui, dans ce même système-là, comme un personnage peu commun.

     Je suis porté depuis toujours par mon admiration pour Andromaque, Phèdre, Electre, Salomé, Antigone… et pour toutes ces héroïnes, saintes ou monstrueuses, extraites d’une mythologie idéale. Chacune de celles-ci, admirables mais plus abstraites les unes que les autres, tire sa substance d’une qualité unique poussée au delà des confins sentimentaux. Tel est le terrible privilège de ces femmes entières et excessives que la littérature a situées sur des axes infinis et indépendants, classifiées ainsi que dans la définition de degrés de liberté. Tous les autres personnages de nos drames ne sont plus que des compositions faites sur la base de ces caractères essentiels.

     Anne Sinclair, toute nimbée de valeurs brutes et étranges, comme extraite des œuvres de Gustave Moreau ou de Richard Strauss, se place aujourd’hui ostensiblement dans la défense hallucinante de celui que d'aucuns pensent être un criminel. Comment pourrait-elle croire à l’innocence d'un homme dont elle fut si longtemps l’épouse publiquement trompée sinon injuriée ? La fortune d’Anne Sinclair, instrument dérisoire bien plus que colossal, mise à la disposition du présumé voyou, ne va pas seulement servir au sauvetage dispendieux du bonhomme, mais surtout à la défense inattendue et magnifique — comme un acte immense et fabuleusement gratuit —- d’une cause absurde. DSK déshonoré devient l'instrument (opportun ?) de la mystification de son épouse.

     A ce monde féminin dont je parlais plus haut, celui dont les grands auteurs sont supposés avoir fait le tour depuis des siècles, il manquait finalement une autre dimension racinienne : celle de la femme intellectuellement supérieure qui, au delà de ce que nous pouvons imaginer, se sacrifie pour tenter d'épargner le déshonneur à l’homme qui la méprise. Anne Sinclair agirait-elle ainsi par amour conjugal ? Non, voilà qui serait banal. Serait-ce-là un arrangement de façade ? Non, ce serait vulgaire. Pour arriver coûte que coûte par l'argent et la mauvaise foi jusqu'au sommet de la puissance et de l'Etat, tel un reptile faisant fi de toute linéarité et de morale, cette désespérée essaierait-elle de défendre l'homme qui nourrissait hier son ambition nationale et qui se noie aujourd'hui dans la fange ? Non, ce serait trop sordide. Restons donc, nous qui ne savons pas, dans notre benoîte incompréhension. Refusons de savoir, et sachons seulement admirer cette nouvelle héroïne que les medias nous inventent —- mais une improbable héroïne, hélas ! Plaisons-nous à situer Anne Sinclair dans un espace primitif hors norme où, telle une tragédienne classique, elle porterait haut une valeur humaniste rare, une valeur encore indéterminée mais peut-être très « chrétienne » et que Chateaubriand lui-même aurait ignorée dans sa célèbre anthologie.

     Une sorte d'Antigone ? Un morceau détaché de Lady Macbeth ?
     Ni l'une ni l'autre, donc, mais un autre extrême assurément  !


ALP - Blog du Figaro, 23 mai 2011

Post-scriptum, 7 juin 2011

    Je viens de trouver dans le film Marguerite de la nuit (Claude Autant-Lara, Michèle Morgan, Yves Montand) un magnifique écho au feuilleton DSK, et un début de résonance mythique à l'abnégation (apparente) d'Anne Sinclair. Voir ci-dessous.

 

Anne Sinclair alias Marguerite de la nuit


cliquer sur l'image

    Méphistophélès, un envoyé du diable, aborde le docteur Faust à la sortie d’un spectacle et lui fait découvrir des plaisirs inconnus : tabac et alcool, vie nocturne…  et aussi Marguerite, une chanteuse de cabaret dont le vieux savant tombe aussitôt sous le charme. Afin de la séduire, et d'acquérir jeunesse et beauté, Faust vend son âme au démon. Mais voilà que par jalousie il tue un ancien prétendant de la jeune femme. Pour préserver son nouvel amant du glaive de la Justice, Marguerite signe alors un pacte avec Méphistophélès : elle sacrifie son âme en échange de la libération de celle de Faust. Avec lâcheté et médiocrité, celui-ci accepte et laisse Marguerite monter dans le train qui va la mener en enfer. Mais Méphistophélès, amoureux soudain autant qu’ébloui par la générosité de la jeune femme, déchire le pacte par lequel il la tient. Hélas ! c’est trop tard, car Marguerite vient de mourir, la grandeur de son âme et sa haute conception de l'amour étaient incompatibles avec la damnation.

    Voir ici les deux dernières minutes du film, sublimes.

    Deux questions se posent à nous :

1) Dans le feuilleton DSK-Sinclair, qui jouerait le rôle de Méphistophélès ?
2) Que sera la "mort" d'Anne Sinclair dès lors que le sacrifice de son âme et de ses valeurs aura libéré le nouveau et si médiocre Faust ?
3) Le retour de DSK et l'admiration dégoulinante de Jack Lang (beurk !) :cliquer ici.

ALP - Blog de l'Express, 8 juin 2011

retour                                                haut de page




 

Mécanique céleste



    Voir ici des images récentes de la palissade qui a inspiré il y a trois ans mon hommage à Navier et Stokes. On y retrouve toujours de fortes analogies avec les écoulements que l'on étudie en mécanique des fluides et que l'on modélise à partir des équations qui portent le nom de ces deux physiciens.

    Mais aujourd'hui la palissade a vieilli, sa patine est devenue grise, d'un gris qui change en fonction de l'intensité et de l'orientation de la lumière incidente. Les veines et nœuds du bois se sont mis à sécréter de minuscules gouttes de résine dorée qui sont autant de constellations en miniature, de comètes et autres poussières d'étoiles. Pour les esprits rêveurs, la mécanique des fluides laisse place à la mécanique céleste.

    On s'attardera sur l'image ci-dessus.

    Malgré les apparents jeux d'ombre, la surface photographiée est absolument  plate puisque c'est celle d'une planche de bois. L'illusion d'ondulation et de volume n'est donnée que par une variation continue de la réflexion d'une lumière solaire forte. Selon l'orientation du soleil et celle de l'appareil photographique face à la planche, le pseudo-relief change ou disparaît. Voilà une curiosité optique qui invite à des considérations philosophiques amusantes.

    On peut en effet imaginer qu'une corrélation existe entre les paramètres physiques de la surface du bois et les cernes qui en marquent l'âge. Le faux relief latent qui résulte de cette conjonction aurait-il été conçu, au profond de la matière, comme en écho à l'univers, par quelque magicien génial ? Dans la révélation seulement visuelle des fronces d'un monde sidéral fictif, plis d'un cosmos virtuel où viennent se nicher des galaxies comme dans un mirage d'artiste, plaisons-nous à soupçonner une complicité quasi-métaphysique du temps et de l'espace, tel un jeu relevant d'une théorie formidable comprise par les poètes mais inaccessible aux savants.

ALP, à Carantec, juillet 2011

    Pour voir toutes les images, cliquer ici



La réponse d'André Darmon

La réponse de Philippe Bigeard


retour                                                haut de page

 

 

Le golf : un sport vieux de plusieurs millions d'années

        Le musée de l'abbaye de Neumünster, à Luxembourg, présente actuellement (mai 2015) des photographies d'ambre réalisées par un artiste de Lettonie, Andris Zëgners. Sur ces images on observe des inclusions d'insectes et autres organismes datant parfois de plusieurs millions d'années. Les golfeurs apprécieront l'image ci-dessous qui permet de dater leur sport favori.


Un paradoxe golfique

Où on démontre que pour améliorer son handicap il faut parfois mal jouer !

Cliquer ici

Discourtoisie golfique

 Lettre adressée à la direction du golf NGF de Seilh, juin 2015


        Madame ou Monsieur,

        Hier matin j’ai fait une rencontre singulière sur le golf NGF de Seilh, parcours rouge. Soucieux de bonne compagnie dans la pratique d’un sport qui est d’abord un instrument d’entente entre joueurs bien élevés, je crois devoir vous en informer.

        Mes partenaires prévus présentant du retard, je me suis permis de demander aux gens inscrits à la partie précédente de m’accepter avec eux. Je ne pouvais pas imaginer, au moment où je formulais cette demande, la réponse qui allait m’être faite. Ces gens étaient un couple seul, une dame et un monsieur inscrit sous le pseudonyme numérique 6455.

        Je ne connais absolument pas ce monsieur ni cette dame, et ils ne me connaissent pas non plus. La réponse faite à ma demande aura été un refus catégorique de la part de M. 6455, la raison invoquée étant l’opportunité pour lui et la dame de pouvoir (enfin) jouer seuls. M. 6455 m’assurait qu’il était le seul maître de son créneau horaire, et que je ne pouvais y prendre une place libre sans son assentiment, ladite place fût-elle celle d’un absent.

        Quelque peu étonné par la sécheresse de cette réponse, je me suis permis de signaler à M. 6455 que si un starter avait été présent, il se serait fait un devoir de nous grouper pour assurer une meilleure compacité des joueurs et, par là, une meilleure fluidité au jeu. M. 6455 m’a alors fait part de son amitié avec le starter et avec la direction du golf,  ce qui, selon lui, semblait le mettre à l’abri des contraintes de bon fonctionnement imposées aux autres joueurs. A l’appui de cela, et comme pour me signifier son importance, M. 6455 m’a affirmé être actionnaire des golfs de Seilh et de Palmola, et qu’à ce titre il n’avait pas à s’occuper de quiconque ni  — a fortiori et en sous-entendu — d’un inconnu ou d’un importun comme moi.

        J’ai alors signalé à M. 6455 que la fortune personnelle dont il faisait état, en admettant qu’elle existât vraiment,  ne lui garantissait aucun  privilège spécial ni aucun passe-droit dans un golf ouvert à tous et démocratique par principe.

        M. 6455 a alors proposé que je parte avant la dame et lui, ce que j’ai refusé bien évidemment puisque mon souci était de ne pas jouer seul. J’ai alors exigé, sous menace d’appeler la réception, que nous partions tous les trois ensemble. Lassé de mon insistance, ou prenant conscience de son tort, ou comme inquiet soudain de qui j’aurais pu être, il a alors accepté notre partie à trois mais en me précisant : « Monsieur, je ne vous adresserai pas la parole de toute la partie ; ainsi vous jouerez seul malgré tout. »

        Cette phrase serait à mettre dans une anthologie de la discourtoisie golfique, ou même dans une anthologie de la discourtoisie tout court. Elle est la négation de l’esprit sportif et du savoir-vivre, et encore de ces liens qui contribuent à un élémentaire et bon tissu social. J’ai dit à M. 6455 que cette phrase ne pourrait lui retourner que du mépris. Et je lui ai dit que je vous en ferais part.

        La dame était demeurée silencieuse durant cette altercation, et elle semblait gênée. La critique que je formule ici ne s’adresse pas à elle.

        Ne voulant plus prolonger cette querelle avec un personnage de golf-fiction, je me suis retiré et le couple est parti seul alors que les retardataires de ma propre partie arrivaient enfin.

        Au départ du trou numéro 2, M. 6455 et la dame ont rejoint deux autres joueurs  avec lesquels ils ont effectué le reste de leur parcours, à quatre donc. M. 6455 abandonnait ainsi avec ceux-là le désir d’intimité qu’il avait invoqué pour me rejeter.

        Une telle discourtoisie est heureusement rare dans le milieu du golf. Depuis les 25 ans que j’arpente les fairways je n’ai jamais vécu un semblable épisode, et je n’ai entendu personne en raconter. Les gens à qui je relate l’incident en demeurent abasourdis. Je le signale à la direction du golf de Seilh afin que cette histoire participe à une meilleure prise de conscience des dangers conjugués de l’incivisme et de l’incivilité. Ma dénonciation du comportement de M. 6455 va dans l’intérêt du climat et de l’harmonie de notre microcosme golfique, un petit monde bien sympathique malgré tout.

        A ma demande M. 6455 m’avait dit son nom mais je ne l’ai pas retenu. Pourriez-vous lui transmettre copie de la présente lettre ? Merci.

        Veuillez croire, Madame ou Monsieur, à ma parfaite considération.

ALP

(Note : le pseudonyme numérique du joueur discourtois a été changé ici.)

retour                                                haut de page

 

 


Le Grand Inquisiteur : version de concert
(un récit authentique)

    Toulouse, 19 novembre 2011, concert à la Halle aux Grains ce soir, Schönberg et Bartok au programme. Arrivés trop tôt, ma femme et moi nous nous sommes installés à nos places habituelles d'abonnés, en bout de rangée, non sans savoir que nous serions forcément dérangés par tous les gens qui allaient arriver après nous.

    Le premier de ceux-ci s’excuse fort courtoisement comme il convient. Je me lève pour le laisser passer, on fait frotti-frotta car l'espace est étroit, puis il va s’installer quelques sièges plus loin.

    Le deuxième, qui arrive juste après, porte une petite croix en insigne sur sa veste d'un costume gris fer. Sous son air sérieux d'ecclésiastique, je lui devine quelque esprit rieur. A son tour il s’excuse poliment en me demandant le passage. Je me lève donc à nouveau, mais au moment de lui faire place je me ravise et ose lui dire :

    —- Votre prédécesseur nous a dérangés, mon épouse et moi-même, il y a à peine trente secondes, sans nous offrir aucune contrepartie. Puisque je vois que je vous êtes prêtre, permettez-moi de vous demander, à vous, l'absolution de tous mes péchés...

    —- Vous avez de la chance, je suis votre homme, répond-il sans même s’étonner d'un tel commerce. Dieu me donne toute liberté pour dispenser des absolutions fantaisistes. Considérez donc que c’est fait, vous êtes pardonné. Maintenant, puis-je passer ?

    Je n'en espérais pas tant ; il passe, bien sûr. Deux jeunes femmes arrivent quelques minutes plus tard.

    —- Le premier s'est infiltré gratis, leur dis-je. Le second a remis à zéro le compteur de mes fautes. Comme prix du dérangement que vous allez me causer, je vous demande seulement de m'aider à vérifier —- toutes les deux avec moi, nous en trio —- que ledit compteur fonctionne bien à nouveau.

    La première femme me regarde avec stupéfaction, mais avant qu’elle n'ait eu le temps de s’indigner la seconde intervient en riant :

    —- D’accord, dit-elle, on vous donnera notre numéro de téléphone à l’entr’acte.

    Bonne réponse, et je les laisse donc passer. Juste avant le début du concert, alors que les musiciens sont déjà sur la scène, le dernier quidam de ma série se présente in extremis ; c'est forcément celui qui s'installera à côté de moi, à la seule place encore inoccupée. Je ne sais quoi demander à cet homme dont le visage semble refléter toute la malice du monde.

    — Le premier est passé gratis, continué-je. Le second m’a donné l’absolution, deux sympathiques pécheresses m’ont ensuite promis une félicité à trois… Et vous Monsieur, pour payer votre passage, que me proposez-vous ?

    —- Une félicité à trois, juste après une absolution ! Eh bien, lance-t--il sans même réfléchir, moi je vous excommunie !

    Il s’installe ensuite à ma gauche, content de sa répartie, puis il me confie  :

    —- J'avais une place au balcon, mais voyant que celle-ci à l'orchestre était encore libre, j'ai tenté ma chance et suis vite descendu. Et en plus on s'amuse bien ici. Si on vient me déloger, je dirai que me suis trompé...

   Il y a longtemps que je le cherche, celui-là ! Et voilà donc qu'il continue de s'exprimer tout seul dans mon imaginaire :

    —- Mais quel hasard, me dit-il ! Car vous êtes bien M. Hilare Poilaunet, n'est-ce pas ? Permettez que je me présente ; je suis Boniface Hercule II de May, le grand inquisiteur du Saint-Office. J'admets que la sentence d'excommunication que je viens de prononcer contre vous est excessive. Aussi je vous propose simplement de transformer en quatuor le joyeux trio dont vous élaborez le projet ; et je vous promets qu'on ne parlera plus alors d'exclusion ni d'autre pénitence. Vous m'acceptez avec vous ? C'est OK ?

    Cette séquence inespérée ne valait-elle pas de supporter ensuite un concert ennuyeux ?

(ALP, le 19 novembre 2011)


Note : Pour savoir qui est Hilare Poilaunet, et tout connaître du paillard Grand Inquisiteur, cliquer ici et

retour                                                haut de page

 



Ave Maria !


    Ce matin, 26 novembre 2011, à 6 heures, sur un trottoir du marché aux puces qui se tient tous les samedis autour de la basilique Saint-Sernin de Toulouse, j'ai acheté un objet merveilleux que semblait abandonner là une civilisation déclinante autant qu'un brocanteur indifférent. La Vierge Marie, pleine de grâce, y piétinait calmement, toute sereine, quelque symbolique serpent. (Bronze, Susse fondeurs frères édition, ca 1860).

    Aussitôt après je me suis enfui tel un voleur, mais un voleur qui n'aurait fait que sauver une relique sacrée de mains impies.

    Rentré chez moi, j'ai nettoyé la statue, avec de l'eau et du savon, mais pas trop car il fallait aussi respecter le siècle et demi qui a savamment (religieusement) encrassé les plis du bronze et qui a ainsi marqué cet être divin comme pour en démontrer l'éternité à nos générations futures.

    J'ai fait plus de 100 photos de la merveille. Voici les deux que j'ai conservées pour mon best-of. La patine devenue surnaturelle des plis et de la chevelure ne fait aucun obstacle —- au contraire ! —- à la grâce méditative et esthétique du parfait visage, ni à son enveloppe mystique. Ni au rappel de valeurs qui s'en vont, hélas !

    Ave Maria !

(le 26 novembre 2011)


retour                                                haut de page

 

 


Hommage à Jean-Marc Peyrard

 

    La disparition de Jean-Marc Peyrard, ancien directeur du CERT, est une nouvelle bien triste. Nous perdons là un homme dont les exceptionnelles qualités humaines auront été mal connues.

    Ma rencontre personnelle de Jean-Marc Peyrard est un moment important de ma vie ; qu'on me permette de lui rendre ici hommage.

    Peu après la mort de ma fille Clémence en 1992 —- elle n'avait que 16 ans —- Jean-Marc Peyrard avait souhaité me rencontrer dans son bureau. Il venait d'apprendre non seulement la disparition de ma petite fille, mais encore le drame continu qui avait été le mien durant quatre années sur notre commun lieu de travail. C'était là une souffrance que j'avais voulue discrète et que seuls mes proches collègues avaient partagée silencieusement en côtoyant mon abattement de chaque jour.

    Jean-Marc Peyrard s'était dit effondré qu'un tel drame eût pu se dérouler si près de lui et à son insu, et il s'était excusé de ne pas avoir pu prendre sa part d'un chagrin qui aurait dû être le sien, non pas seulement parce qu'il considérait que notre proximité professionnelle nous unissait dans une même famille, mais encore parce qu'il pensait, en raison précisément de cette proximité, que ses valeurs chrétiennes auraient pu m'apporter quelque secours. L'essentiel de son rôle, m'avait-il dit, son rôle de directeur et son rôle de chrétien, aurait été de m'aider durant ces terribles années.

    J'entends toujours le long monologue que Jean-Marc Peyrard m'a tenu alors, à moi père crucifié, pendant plus d'une heure, lui-même très ému et me proposant, avec une force indicible, une consolation supérieure dérivée de sa foi en Dieu. Les interrogations suscitées en moi par les paroles de Jean-Marc Peyrard continuent aujourd'hui de construire, chez l'incroyant que je demeure, une secrète et nourricière Espérance. Voilà un bienheureux mystère.

    Plusieurs fois ensuite j'ai eu le privilège de rencontrer Jean-Marc Peyrard, admiratif toujours de la conjugaison de son esprit et de sa foi. Son humilité, alors que sa retraite se passait à toucher la main des mourants dans les hôpitaux, atteignait à de la grandeur. C'était un saint.

    Dans le dernier message que j'ai reçu de Jean-Marc Peyrard, il y a quelques années, en réponse à un rêve que j'avais fait et que je lui avais raconté, un rêve où ma fille m'apparaissait nimbée d'une divine splendeur, il m'avait dit : "Oui, votre fille est éternelle en Dieu."

    Puisse Jean-Marc Peyrard boire aujourd'hui à la source même de toute vie éternelle.


(lecture faite le 8 décembre 2011,
aux obsèques de Jean-Marc Peyrard, en l'église de Rocamadour)

retour                                                haut de page

 

 

Le Neptune de Kerfissien


    Voilà assurément l’un des plus beaux rochers monumentaux du nord de la Bretagne. Pas facile à trouver, car selon l’angle duquel on le regarde, cet apôtre peut nous apparaître seulement comme un vulgaire tas de cailloux. Heureusement que le photographe, équipé d’une bonne focale, sait parfois discerner dans l’objectif ce que l’œil lassé ne saisit plus (Philippe Abjean dixit).

    Depuis les quelques années où j’ai découvert le dos de ce personnage fabuleux, j’attends, chaque fois que je reviens le voir, qu’il se retourne et me fasse un clin d’œil de reconnaissance. Hélas ! Les vents et les masses marines peuvent se déchaîner en tempêtes ! Lui, sur une autre échelle de temps, reste immobile, comme si tout cela était dérisoire, attendant le moment où la nature, celle qui l’a construit ou sculpté, achèvera aussi sa destruction. Le bras tendu de Neptune orchestre la puissance grandiose des éléments, oui ; mais peut-être tente-t-il également de repousser le cataclysme final qui concentrera un jour sur lui ses forces maléfiques.

    En fait, tout cela importe peu ; car il nous reste des millions de millénaires pour ne pas observer l’érosion lente de ce dieu, et pour croire ainsi à son immortalité.

ALP, 10 janvier 2012

Notes :

1) Hommage aussi à son impressionnant voisin, le Priape de Meneham.

2) Un livre : La Trace des Géants (Kerreg Maro).


retour                                                haut de page

 



Remise des diplômes de bibliothécaire à l’université d'été de Byblos
Retour d'expérience



          Il existe en Grèce, entre les îles de Lesbos et de Sodomios, une autre petite île, Byblos, dédiée depuis la nuit des temps au culte du Livre. Ce ne sont là que librairies charmantes, moulins à papier, imprimeries à bras et ateliers de reliure au détour des ruelles baignées à la fois par le soleil et par les odeurs enivrantes de l’ouzo, du pipi de chat et de l’aubergine frite. Il y a aussi des estaminets où le vin résiné accompagne une moussaka agrémentée de feuilles de vigne qui ont préalablement servi à couvrir de pudeur la virilité des éphèbes locaux, marins ou bergers ; voilà un recyclage bien sympathique.

         On vient de partout à Byblos, ordinairement au mois d’août, pour assister à la remise annuelle des diplômes de bibliothécaire. A peine descendus des caïques ou felouques qui les ont amenés du continent, les impétrants se déshabillent et revêtent seulement une toge faite d'un voile presque transparent sur lequel sont imprimées, comme en filigrane, les lettres de tous les alphabets du monde. Puis ils se dirigent en procession vers le point culminant de l'île, là où se tient un temple qui fut dédié jadis à Clito et Tauris, ces obscures déesses d'un mystérieux savoir. Le temple est flanqué aujourd'hui d'un phare dont on doit l'érection tardive à un architecte enfin éclairé, Erecteïon, oui c'est son nom. Cet humaniste a aussi transformé la structure initiale du temple, qui était celle d'un livre fermé, en une structure plus aérée symbolisant l'ouverture à l'alphabet et à tout.

          Après le sacrifice rituel d’un book symbolique par deux forts et beaux Hellènes, les inséparables Phellatris et Phalloris, voilà que ceux-ci annoncent l’arrivée attendue du bibliothécaire-en-chef Priapos : « Ecce super homo ! » crient-ils dès que le demi-dieu apparaît sur le parvis du temple, nimbé de son aura. Le Grand Bibliophile lève alors les bras et psalmodie, dans des langues connues et inconnues, des paroles sacramentelles venues du fond des âges : «  Zorba, Zorba ! Thalassa, Thalassa ! Amenez l'mouton, amenez l’mouton ! Et cetera, et cetera. […] ». Et cette litanie ésotérique se continue par la lecture des versets d’un livre dont un pâtre — il est tout petit mais s'appelle Macrophallos — tourne la page à chaque nouvelle incantation. Pour clore ce préambule, et comme pour entrer enfin dans le vif du sujet, le grand-prêtre finit par tourner lui-même le page sous les acclamations de la foule enthousiaste. On passe alors au chapitre suivant.

          Pour bien comprendre la suite il faut savoir que la façade du temple est orientée vers le sud. Sur le parvis, Priapos est placé sur l'axe des lumières, face au soleil couchant et le phare dans le dos. Les impétrants, arrivés par l'ouest de la colline, regardent dans la même direction que Priapos pour les mêmes raisons sibyllines. Pour s’approcher du Maître sans se détourner du Ponant, ils doivent donc marcher à reculons, ce qu’ils font, hé !

          Vers Priapos donc cette troupe recule ; et ce n'est pas seulement sur le front qu'elle porte une mâle assurance (1) dès lors que le Maître tire solennellement de sous sa robe cérémonielle un goupillon gigantesque qui va maintenant lui servir à bénir les novices. Profondément pénétré d’abord par le fondement de l’intumescence intangible de Priapos, chaque impétrant baise ensuite le sceptre ithyphallique en s'y humectant les lèvres d'une goutte baptismale. Puis, après un coup de tampon de Macrophallos, il reçoit le précieux diplôme que l'homoncule tend par derrière (2) (3) — par derrière forcément puisqu'on aura compris que c'est Priapos qui se trouve maintenant par devant. Ce protocole vieux de plus de 2000 ans, strictement codifié et scrupuleusement suivi, avec le retournement du sujet entre les deux officiants, et avec le fameux coup de tampon final, fait toute la force de cette tradition initiatique.

         Puis la cérémonie se termine, laissant place à la fête. Jeux, ris, cris et autres esbaudissements se mêlent aux bêlements des ovidés conviés à prendre part aux agapes. On passe le reste de la nuit à boire, on s'amuse à cracher loin le noyau des olives que l'on cueille en se faisant la courte-échelle, on danse en frappant joyeusement dans ses mains et en s'envoyant des tapettes inopinées, tout le monde est gai. Oui, c’est une fraternité bucolique qui appâte (à papier) désormais tous ces potes. Chacun fait la connaissance des autres et élargit ainsi le cercle (littéraire) de ses amis. Ici et là, en riant, certains sautent dans des barriques d'huile d'olive puis se frictionnent mutuellement en se faisant moult chatouilles et autres grattouilles, poil au nez ; ainsi lubrifiés, il construisent alors une variante de la brouette maltaise figurant sur un manuscrit ancien que l'on vient juste de découvrir dans la bibliortèque d'un monastère du mont Athos (4). D'autres amateurs se tiennent à la queue leu leu et exécutent une ronde autour d'une statue montrant Castor en train de lire tout en se faisant forbazouiller par Pollux. Enfin quelques intellectuels préfèrent étudier le mécanisme savant d'un nouveau moulin à pédales conçu spécialement pour le papier vergé et que l’on a érigé ici pour la circonstance. Bientôt tous ces amis se retrouvent attachés entre eux autant qu'aux valeurs qui les réunissent. La nuit est claire, l'air est calme, tout est simple.

          Mais voilà qu’il fait jour et que c’est déjà demain. Les nouveaux bibliothécaires, heureux et fatigués, marqués désormais profondément par la chose du Livre, eux-mêmes imprimés en quelque sorte et devenus les prosélytes d'une sacrée théorie, vont pouvoir se retirer à l'ombre de leurs rayonnages puis encadrer là le parchemin qu'ils viennent d'acquérir, les yeux à jamais embués par l’émotion que suscite une si belle et si riche manifestation de l’esprit humain.

          Seules les brebis et les chèvres redoutent peut-être la prochaine répétition de cette cérémonie. Mais comme elles ne savent pas lire ni écrire, ni même parler, on ne va pas en faire tout un fromage, hein !

 

(1) Pierre Corneille dixit. Cliquer ici.

(2) Homoncule = petit homme.

(3) Homoncule ! Ainsi s'exclament les jeunes bergers qui redescendent du mont Athos après y être montés faire la féta avec les moines cénobites. On se doute que c'est également l'exclamation des impétrants de Byblos au moment où le petit Macrophallos envoie son coup de tampon.

(4) La brouette maltaise. Importée d'Egypte où elle constituait un divertissement aussi philosophique que populaire, la brouette maltaise à six éléments fit rapidement fureur dans les gymnases de Sparte et d'Athènes. Homère en fait mention dans L'Odyssée, et on sait que certains détails de son montage furent révisés par Archimède lui-même. Elle devint ensuite une épreuve très appréciée aux jeux isthmiques, néméens et pythiques, et aux Olympiades également. On la pratiquait volontiers lors des universités d'été de Byblos, voir ci-dessus. Au onzième siècle, des anachorètes crétois en développèrent quelques variantes (peu orthodoxes) pour groupe de dix à quinze. Ce sont des croisés ouverts à toute culture qui, au retour de Malte, d'Epire et de Palestine, ont introduit et popularisé la brouette maltaise en Europe occidentale. Au 14e siècle, Dagobert de la Butte aux Piles l'a décrite très analytiquement dans sa pièce de théâtre Le Grand Inquisiteur. Bien qu'elle fût évidemment interdite de brouette à cause de son sexe, Mme de Sévigné en fit néanmoins un éloge célèbre. A à la fin du 18e siècle, grâce à Voltaire, la brouette maltaise devint un vecteur des Lumières repris scientifiquement par le mathématicien français Gaspard Monge puis, beaucoup plus tard dans les années 1920, par le physicien hollandais Balthazar Van der Pol. Pour en savoir plus sur l'histoire et la technique de la brouette maltaise, cliquer ici.

 

Jacques Theillaud
diplômé des Calanques Grecques

Alain Le Pourhiet
historien de la brouette maltaise


... et pour en savoir plus sur l'excellent Jacques Theillaud cliquer .


retour                                                haut de page



 

Santez Anna - Annapurna

Bachelet
(Henriot, Quimper)

Porson
(HB, Quimper)

???
(Keraluc, Quimper)

cliquer sur chaque image pour l'agrandir

    L'Annapurna serait-il situé dans le massif armoricain ? Ecouter ici pour dominer, comme depuis le sommet d'un Annapurna local, un panorama de la suffisance narcissique. Dans cette vidéo que l'on m'a signalée sur internet, l'autrice bretonnante de quelques livres ennuyeux, prise dans une spirale nullement celtique dont elle ne peut s'extraire, paraît ne plus contrôler ce qu'elle ditl. Occupée à valoriser sa personne et à ne parler que d'elle-même, elle bredouille, diverge puis se plombe dans un rapprochement linguistique étonnant entre ledit pic himalayen et la Santez Anna des Bretons. Celle-ci est désignée comme une "déesse-mère", ce qui est un lieu commun déjà discutable, à laquelle notre personnage s'identifie, ce qui devient grotesque.

     Déesse auto-proclamée et auto-encensée, née d'elle-même dans une sorte de génération fractale, l'auto-satisfaite fait donc à la Bretagne le don de sa personne. Merci à elle, tous les Bretons attendaient cette (h)auteur(e) messianique.

      Mesurer ici cette "celtitude" hallucinante.

      Voir ci-dessus trois images de la vraie et humble Santez Anna indifférente à ces bruits et à ces emphases.


Les commentaires cocasses
de Sigmund Poilaunet et de Maria Kervaltortec

La réponse va-t-en-guerre de l'autrice

cliquer ici

retour                                                haut de page

 

 

Un socialisme précurseur : « J 'essuie donc je pense »

 


     
           Lire ici un court mais puissant extrait du Grand Inquisiteur (comédie philosophique écrite par Dagobert de La Butte aux Piles au 14e siècle). Lire surtout les commentaires de Lénine et de Descartes.

 

Proctolus : Avec un humour confraternel et un écho plein d’esprit, saint Hilaire chante : « Tais-toi, vieux crabe, sinon je te fous rapido mon aspergès (1) où je pense. »

Le premier brigand, pensif  :  Cogito donc aspergo.

Le deuxième brigand, imaginatif :  Aspergo then I wipe.

Saint Hilaire, synthétique : Cogito ergo I wipe. (2) (3)


Dagobert de la Butte aux Piles, Le Grand Inquisiteur
Traduction de Hilare Poilaunet
( Hilare par son baptême et comique prédestiné car né Poilaunet )

(1) Aspergès : nom ancien du goupillon.


(2) « Je pense donc j’essuie. Plus de six cents ans avant la révolution communiste, l’aristocrate et philosophe français Dagobert de La Butte aux Piles balayait ainsi avec générosité l’un des privilèges de sa caste. Les théoriciens du marxisme qui décidèrent d’exploiter cette formule n’étaient pas plus enclins à la vaisselle que ne l’est tout un chacun et ils craignirent que les masses populaires ne la comprissent mal ; ils convinrent donc que Dagobert y avait exprimé son idée à l’envers, puis ils la remirent à l’endroit dans un slogan moins risqué pour eux et devenu fameux : J’essuie donc je pense. Ne valait-il pas mieux, en effet, aider les domestiques à penser plutôt que d’obliger les vrais penseurs à troquer leur stylo contre une serpillière ? Correction ainsi faite de son étourderie, le Français visionnaire était posé en champion de la défense prolétarienne et de l’abolition des classes ; il reconnaissait aux gens de maison la faculté — et le droit — d’accéder à une ligne de pensée [celle du parti] tout en préservant l’intelligentsia [du parti] des tâches ménagères et ingrates qui nous emmerdent. Merci, camarade Dagobert, pour cette première et grande leçon de socialisme. » (Lénine)

(3) « Je pense donc je suis, cogito ergo sum. Je n’ai fait que répéter là une maxime déjà énoncée par Dagobert de La Butte aux Piles dans Le Grand Inquisiteur, une vérité philosophique dont il a décomposé la preuve avec une logique impeccable et cartésienne avant la lettre. » (Descartes)

retour                                                haut de page

 

Le mariage du Figaro

ou

Figaro-ci, Figaro plus là

 


Le barbier Figaro et sa nouvelle conseillère, madame Anastasie.
Madame Anastasie est le symbole de la censure.
C'est le mariage du rasoir et des ciseaux.


           Voir ici un article paru dans le Figaro.fr (20 juin 2013) au sujet d'une femme-ministre surprise à machouiller tranquillement son crayon à l'Assemblée Nationale, de manière soi-disant érotique ; elle était distraite, paraissait heureuse et naviguait dans ses pensées. L'article décrit la suceuse sans montrer aucune image d'elle. Grand ramdam ensuite sur un forum du même journal où on ne sait plus si la ministre est une coquine "normale" ou si elle est cette détraquée que dénoncent des machos de l'opposition.
           Cette information n'est pas une mine, assurément, mais seulement de la routine politique pour remplir quelque vide journalistique. Le Figaro s'y engouffre à l'aveugle. Si moi j'interviens sur le forum, c'est parce que je suis jaloux du crayon. Voici mon texte :

           Plutôt que de faire des phrases polémiques, il serait préférable qu'on nous montre la suceuse suçant, afin que cette information visuelle puisse ensuite éclairer objectivement notre jugement. Je n'aime pas beaucoup la ministre dont il est question, mais voilà qu'elle me deviendrait plutôt sympathique.

           Cette remarque insignifiante, que je trouvais drôle mais qui ne l'est sans doute pas, est censurée par un Figaro devenu frileux et craintif. Je réponds au rédacteur-en-chef :

           Tu perds ta liberté, Figaro, et  ta fierté ! Oui, je sais, le vent a tourné et il va encore souffler pendant quelques années dans la même nouvelle direction. Il est mieux pour toi de rester flottant... Sans doute as-tu oublié que "sans la liberté de blâmer il n'est point d'éloge flatteur".
           Tu perds aussi ton beau timbre de baryton, mon Figaro. Ta voix devient fluette et tu parais chanter faux. Te serais-tu émasculé tout seul avec ton rasoir, ou bien t'es-tu fait aider par une Anastasie tout excitée à l'idée de dérouiller ses ciseaux ? C'est qu'elle revient en force, la momie. Il y a quelques années seulement qui aurait pu croire à ton alliance d'idées et de métal avec cette chouette décrépite ? Mais la nature et les mariages ne sont plus ce qu’ils étaient, hélas ! Les temps changent, et toi aussi.
           Bon vent à toi, Figaro ! Moi je préfère être censuré que castré.

P.S.    Dis mon amitié à ta délicieuse Suzanne — si tu la vois encore. Pour Marianne laisse tomber, elle est furieuse contre toi et ne supporte pas que tu la trompes avec la vieille diablesse à qui le nouvel air du temps semble si bien profiter.

Crédit d'images : La caricature d'Anastasie est d'André Gill, 1874. Le barbier sanguinaire est Johny Depp dans l'excellent film de Tim Burton "Sweeney Todd, le diabolique barbier de Fleet Street" (2008)

Un essai de bibliographie de madame Anastasie : voir ici

retour                                                haut de page

 

Pour les 20 ans du golf de Carantec
(et pour un golfeur exilé qui annonce son retour au pays)


Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,
— Ou toi-même parti si loin de ta maison —
Et qui revient enfin, plein d'usage et raison,
Vivre entre vieux amis le reste de son âge !

Tu reverras bientôt de ton petit village
Le golf en bord de mer ; et en toute saison
Tu reverras le clos qui face à l'horizon
Nous est tout un jardin et beaucoup davantage.

Plus nous plaît ce parcours qui enchante nos yeux
Que des bords tropicaux les fairways orgueilleux.
Plus que le green parfait nous plaît l'herbe mutine,

Plus le crachin breton que tout azur lointain,
Plus l'abri Carantec que mirage incertain,
Et plus que l'albatros notre mouette cousine.

(ALP, d'après Joachim du Bellay, août 2013)
(publié dans Golf Magazine, avril 2014)


retour                                                haut de page

 


La Jeune Parque

Paul Valéry

Quel travail toujours triste et nouveau
Te tire avec retard, larme, de l’ombre amère ?

cliquer ici

retour                                                haut de page

 

 

Théorie du genre et sexe des anges


      La photo ci-dessus montre un haut-relief du monument aux morts de Toulouse, un hommage curieux rendu aux victimes de la guerre 14-18.

       Ce soldat bisexué, aux muscles virils et aux seins lourds, étonne au sortir d'une guerre où on attendait l'ange de la Victoire sous des attributs moins provocateurs. Le sculpteur, André Abbal, apporte ici une réponse originale plus que non ambiguë, c'est le moins qu'on puisse dire, à la question du sexe des anges.

       Amusons-nous d'abord à voir là un poilu et une cantinière confondus en un être engendré par la terreur et la naïveté, un monstre mal défini. Le couple Hollande-Trierweiler, lors du défilé du 14 juillet 2013, ne fut que la caricature de ce  personnage bi-synthétique. Voir ici.

       De manière moins prosaïque, observons qu'il s'agit là d'une œuvre d'artiste, celle d'un artiste dont la mémoire s'exprime librement dans un rendu surréaliste. Sa vision n'est ridicule qu'en apparence car elle traduit une douloureuse blessure collective. Un peu de recul détourne notre moquerie première vers une réflexion plus sérieuse.

     Mieux, oublions la laideur comique de l'hermaphrodite et soyons modernes. Car n'est-ce point là une vision avant-gardiste de la notion de genre qui anime aujourd'hui nos débats ? Cette créature symbolique a clairement été conçue, il y a presque 100 ans, par un pionnier de certaines idées actuelles ; elle désigne André Abbal comme un précurseur de la grande unification des sexes. Le rôle de l'artiste, autant que d'être le témoin de son temps, n'est-il pas d'être parfois un vecteur de pensée et donc de pensée politique ? Au delà d'un hommage à la Victoire et aux morts, et malgré son excès risible, ce haut-relief devient ainsi un double jalon de notre Histoire.

      Le maire de Toulouse, élu du parti socialiste, ne peut que se réjouir de la présence d'une telle icône sur son territoire municipal. On attend désormais que les écoliers et lycéens de la ville rose viennent non seulement se recueillir pieusement devant elle mais qu'ils viennent aussi prendre conscience, aidés là par des éducateurs formatés, de ce que sera demain la sexualité républicaine.

ALP, février 2014

retour                                                haut de page

 

Billy the Kid

       Ma maison de Carantec a été cambriolée en 2012, en mon absence, par un jeune homme de 16 ans, Billy S., tout juste sorti de prison ; il a récidivé ensuite à main armée dans la région de Morlaix. Voilà qui lui vaut un procès d’assises pour lequel je suis assigné comme témoin. À la surprise du procureur, voici le texte inattendu de mon témoignage lu depuis le tribunal de Toulouse en visioconférence..

Ma maison de Carantec a été cambriolée il y a deux ans. Mon épouse et moi-même nous étions absents et nous n’avons donc été témoins de rien. Nous n’avons rien à dire ici, hormis le fait que je me suis déplacé de Toulouse à Carantec en pleine nuit pour constater l’effraction au plus vite, pour faire l’inventaire des objets volés et pour porter plainte à la gendar­merie ; je suis retourné chez moi, à Toulouse, deux jours après. La voiture volée avait tout de suite été retrouvée intacte, et presque tout le reste aura été récupéré dans les semaines suivantes. Je ne connais pas le cambrioleur, je ne l’ai jamais vu, je n’ai appris que tardivement son jeune âge ; je n’ai rien à dire de plus que ce qui est déjà consigné dans les rapports de police.

Je ne me suis pas porté partie civile non seulement parce que j’ai récupéré quasiment tout ce qui avait été volé, mais aussi parce que je me vois mal, moi qui suis chrétien et qui me considère privilégié par la vie, détruire encore plus un enfant qui n’aura pas eu ma chance et qui n’aura vécu que dans le malheur et dans la délinquance. Penser que je puisse accuser et charger ce jeune homme à cause de ma simple tranquillité dérangée est une erreur. Je ne veux pas être instru­mentalisé dans un sens que je n’approuve pas, mes valeurs sont ailleurs.

Loin des constats matériels redondants, je dis même que je pardonne au jeune voleur. Ses agissements, hors du seul fait pour lequel je suis assigné comme témoin, ne me concernent pas ; je ne suis ni juge ni juré. Et puisqu’on me laisse parler, je dis que c’est ma fille Clémence, morte à 16 ans après quatre années d’un effroyable martyre, qui inspire mon témoignage. Seize ans, c’est l’âge qu’avait Billy lorsqu’il a fait intrusion dans notre monde matériel devenu dérisoire ; c’est aussi l’âge de Clémence pour l’éternité. Voilà un rapprochement dont le « sens » m’interpelle bien plus qu’un vulgaire désagrément. 

Seulement trois objets n’ont pas été retrouvés après le cambriolage dont ma femme et moi nous avons donc été les indifférentes victimes : la télécommande d’un téléviseur, un vieil appareil photographique à soufflet, et la chaîne en or de Clémence. Cette chaîne est un précieux cadeau que notre enfant reçut de sa grand-mère pour son baptême ; elle la porta toujours ; on la voit à son cou sur les photos prises le jour de ses 15 ans, peu après sa terrible amputation et un an avant sa mort. Je me fiche évidemment de la télécommande et de l’appareil photo, mais curieusement je ne déplore pas non plus l’absence du beau bijou familial. Si la chaîne n’a pas encore été revendue dans un quelconque trafic, je l’offre à Billy afin qu’il la porte. Sinon, que Billy la garde pieuse­ment dans sa mémoire. Puisse cette chaîne devenue symbo­lique reprendre ainsi un rôle en attachant Billy à des valeurs morales et en retenant ses débordements. Et puisse-t-il ressentir alors sur lui l’amour d’une petite sœur devenue maternelle et qui, de là où elle est, après avoir été l’enfant la plus espiègle en même temps que la plus malheureuse du monde, le protègera désormais.

Billy n’est pas Jean Valjean, ni Gavroche, pas plus que je ne suis l’évêque de Digne ; mais nos drames ainsi enchevêtrés n’en forment plus qu’un seul, il est hugolien, Billy et moi nous sommes des Misérables, tel est notre lien. Que l’on comprenne alors que Clémence, mon éternelle et si jeune fille, devienne l’argument béni et inattendu du témoignage que l’on me demande aujourd’hui. Retournée au Créateur, elle verse sur Billy, par mon intermédiaire de père crucifié, sa clémence… et sa très haute grâce.


ALP, 17 juin 2014

Le procureur, celui-là même qui m'a assigné comme témoin, va requérir sept années de prison pour Billy. Mais celui-ci ne sera condamné qu'à quatre années dont deux déjà faites et une avec sursis.

retour                                                haut de page

 

Debout les morts !


Soldats glauques échappés de quelque sombre souterrain de bande dessinée, monstres décharnés tombés d'un cimetière cosmique, cadavres surréalistes en quête de résurrection,voilà l'armée dérisoire que la grande-duchesse Charlotte de Luxembourg tente en vain d'animer. Hélas ! Son bras royal demeure aussi inerte que les cloportes asservis qu'il désigne. La princesse elle-même est figée au centre  de cercles orbitaux où les autres fantômes ne peuvent graviter, tout englués dans leur néant. Seule notre imagination permet la renaissance de ces résidus d'apocalypse. Le temps ici n'est plus une dimension.

Le bras mythique offert dans le bronze noble s'oppose à peine aux corps obscènes assemblés dans le fer-blanc de nos déchets. Dans le concert de ces formes antinomiques et dans leurs communs silences, nos regards invités s'étonnent puis admirent leur confusion.

Vision d'artiste. Standing ovation ! 

Debout les morts !

Alain Le Pourhiet, septembre 2014

Notes :

1) Merci à l'artiste Ha Schult et à la galerie Clairefontaine de Luxembourg de nous proposer cette réflexion
2) "Debout les morts ". Explication ici
3) Autres photos de l'armée de zombies : cliquer ici.


retour                                                haut de page

 

Le roi des containers

Et s'il n'en reste qu'un je serai celui-là.


" L'important c'est la pose "

Du timonier qui penche
Se rebiffe la manche :
Ce n'est faute à la houle,
Mais au bateau qui coule.

retour                                                haut de page

 

Hommage à Alexandre Grothendieck

Le "carré" Grothendieck au cimetière de Lasserre dans l'Ariège

     Que tous les gens qui me serreront désormais la main droite sachent que cette main a touché celle d'Alexandre Grothendieck. C'était à Québec, durant l'hiver 1969, dans un long couloir souterrain de l'université Laval. Un de mes amis avec lequel j'arpentais ce boyau à l'abri des -30 degrés extérieurs, voyant apparaître au loin ce personnage aux pieds nus dont j'avais à peine entendu parler, m'avait dit : "C'est Grothendieck, un des plus importants cerveaux du siècle". Croisant ledit cerveau quelques secondes plus tard, Grothendieck me fit ce que sais aujourd'hui être un honneur, il répondit à ma main tendue.

      Alexandre Grothendieck vient te mourir à 86 ans, à l'hôpital de Saint-Girons, dans l'Ariège. Il s'était retiré là incognito, dans un petit village de 200 habitants où il vivait reclus. Voir ici

      Lire sur Wikipedia la biographie d'Alexandre Grothendieck.

      Alexandre Grothendieck a refusé la médaille Fields en 1966, puis le prix Craaford. en 1988 (équivalent de 500 000 euros). Mesurer ici la grandeur de cet humaniste.

      Et apprécier ici la beauté du style littéraire d'Alexandre Grothendieck éclos dans les mystères de mathématiques abstraites.

      Respect à lui.

ALP, novembre 2014

retour                                                haut de page


Gabrielle d'amour...
"exercices de style" : variations oulipiennes


Sonnets composés sous les contraintes suivantes :

1) Synopsis
  Premier quatrain : le narrateur découvre la tromperie de son amoureuse Gabrielle et il la quitte.
Deuxième quatrain : détails sur la tromperie.
Premier tercet : l'indifférence des sept chats de Gabrielle.
Deuxième tercet : nostalgie érotique du narrateur.

2) Structure en alexandrins : abba  abba ccd ede
3) Le sonnet commence par "Gabrielle d'amour"
3) Présence obligatoire des mots
..
      - amant(e), ou aimé(e), ou maîtresse...
      - quatuor, ou sextuor, ou septuor, ou octuor
, ou nonuor, etc.
4) Le dernier tercet contient le mot hélas.
5) Erotisme soft.


Références :

"Exercices de style" (Raymond Queneau) : voir ici
"Je suis le ténébreux" (Camille Abaclar) : voir ici
Variations Diabelli (Beethoven) : voir ici
Variations Goldberg (J.S. Bach) : voir ici


Gabrielle me trompe avec ...

Variation   1 : ...une amie
Variation   2 : ...son professeur
Variation   3 : ...elle-même
Variation   4 : ...son chat Zadig
Variation   5 : ...trois jeunes éphèbes
Variation   6 : ...tout un régiment
Variation   7 : ...un évêque
Variation   8 : ...la Terre entière
Variation   9 : ...un sex-toy
Variation 10 : ...Priape
Variation 11 :
.. Dieu



variation 1

Gabrielle me trompe avec une amie

Gabrielle d'amour, mon âme ténébreuse
Par ce triste sonnet te dit son désarroi :
Oui je dois te quitter, résigné à la loi
De l'univers saphique où tu fuis, vaporeuse.

Lourd de brume et d'oubli, le vin que tu bois creuse
Une tombe où enfouir ton souvenir de moi ;
Cependant qu'asservie au pli de ton émoi,
Dans ton lit, ivre aussi, ronronne une amoureuse.

Sept regards sont figés en leurs prunelles d’or.
En sourdine dans l'ombre, on entend l'octuor
Où tes chats somnolents font chœur à ton amante.

Hélas ! car je ne puis désormais, ô cruelle,
Me griser sans mesure à la coupe charmante
Où l'on boit tes secrets quand l’amour y ruisselle.

ALP, 1969 et août 2017



variation 2

Gabrielle me trompe avec son professeur

Gabrielle d'amour, oui encor je soupire.
Mais maintenant adieu ! Je m'en vais. Quel effroi !
Ne te partageant pas, je hais cet ayant droit
Dont le discours savant t’enlève à mon empire.

Lourd de brume et d'oubli, le vin que je respire
Pourra-t-il apaiser bientôt mon désarroi ?
Car voilà que soumis aux règles de ta loi,
Comme en chaire ce docte mandarin t'inspire.

Le regard enfermé dans leurs prunelles d’or,
Alentour de ton lit groupés en septuor
Tes chats, indifférents au cours de cet amant,

Retournent à leur songe. Hélas ! moi je ne puis
Désormais que rêver de ton gîte charmant
Où hier tu m'enseignais la leçon de tes nuits.

ALP, août 2017



variation 3

Gabrielle me trompe avec elle-même


Gabrielle d'amour, il convient que j’évite
Enfin d’être trompé par toi-même avec toi.
Adieu donc ! Je te quitte en maudissant ce doigt
Dont la docilité répond à ton invite.

Vexé en cet exil, mon esprit sombre vite.
Rien ne peut apaiser ici mon désarroi
Quand je sais que – selon l’effet de quelque loi –
Autour de ton éden seule ta main gravite.

Le regard replié dans des pastilles d’or,
Tes chats adorateurs feulent en septuor...
Somnolents sur ton lit, d'une autophile amante

Ils font ainsi le songe. Hélas ! moi je ne puis
Désormais que rêver à ta main si aimante,
Complice tant de fois de mes jeux à ton huis.

ALP, août 2017

Zadig

variation 4

Gabrielle me trompe avec son chat Zadig

Gabrielle d'amour, ton jeu n'est pas normal
Même dérivât-il d’un calcul voltairien.
Je suis jaloux, je pars, n'ayant souhaité rien
Que chasser un félin de ton sexe animal.

Sur ton ventre est posé, superbe, mon rival.
Dans l’ombre son regard d’un or luciférien
Étincelle alors que, en un spasme aérien,
Tu l'honores d'un pleur céleste et baptismal.

Tout en intronisant Zadig imperator,
De concert avec toi miaulent en sextuor
Les indolents vassaux de l’amant philosophe.

Hélas ! je ne pourrai, par la faute à Rousseau
Et à Voltaire aussi, achever cette strophe
Sur ton parterre encor, le nez dans ton ruisseau !

ALP, août 2017



variation 5

Gabrielle me trompe avec trois jeunes éphèbes

Gabrielle d’amour, serais-tu Messaline ?
Trois amants dans ton lit, chacun moins de vingt ans !
Sous l'injure, je fuis tes émois attristants
Ainsi que les excès que je crains et décline.

De ces chers Apollons la fureur masculine
Les fait jurer de mots inconnus mais latents
Qui placent leurs exploits aux bords inquiétants
Du vice vers lequel un lourd besoin t’incline.

Le trio des minets s’ajoute en dixtuor
Aux matous assoupis dans le constant décor
Où leur ronron poursuit son fil perpétuel.

Hélas ! je ne puis guère, ô démon de ma vie,
Multiplier par trois les jeux du rituel
Ni me prêter à ceux que ton penchant dévie.

ALP, août 2017



variation 6

Gabrielle me trompe avec tout un régiment

Gabrielle d’amour, deviens-tu nymphomane ?
Déjà cent fois au moins tu m’auras trompé, or
Ton capital a crû d’un nouveau centuor
D'un coup ; et c'est de là que mon tracas émane.

Tout flamme, un voltigeur t'aura cru pyromane ;
En besoin de renfort il a sonné du cor
Et battu son tambour bien qu'il fumât encor.
Cent pompiers sont venus sauver le mélomane.

Troublés par cette clique et tout son brouhaha
Tes chats ont miaulé d'abord pensant « Ha ! Ha ! » 
Puis ils sont retournés à leur chose éternelle.

Hélas ! que n'ai-je su, moi l'amant solitaire,
Qu’un jour tu deviendrais au lit la colonelle
D’un régiment d'experts en salut militaire !


ALP, août 2017


variation 7

Gabrielle me trompe avec un évêque

Gabrielle d’amour, te voilà sacrilège !
Offrant ton corps divin à un prélat vénal
Tu achètes, crois-tu, un passeport moral
Pour trépasser un jour en céleste cortège.

Je crains pour les valeurs que ta peur désagrège
Quand baisant du primat l’anneau épiscopal
Il t’absout d’un retour de bâton pastoral.
Adieu ! Je te laisse à cet infernal manège.

Tes chats font leurs ronrons et l’évêque roucoule.
Captif de ces lenteurs ton murmure s'écoule
Dans un morne et nouveau concert en nonuor.

Hélas ! Que n'ai-je pu aux fastes de tes braves
Être un pontife de Nabuchodonosor
Pour t'ouïr gémissante au grand chœur des esclaves !


ALP, août 2017



variation 8

Gabrielle me trompe avec la Terre entière

Gabrielle d’amour, de baisers constellée,
Te voilà attachée à l'histoire du monde
Et aux milliards d’amants dont sa mémoire abonde.
Tu retiens ces amants, moi je fuis leur mêlée.

Un globe Mercator roule sur ta vallée.
La Terre entière là vient et se dévergonde.
Sur l'orbite parfois que ton calcul féconde
On peut voir Don Juan lui-même, ou Galilée.

Hiératiques, tes chats sont en ataraxie.
Loin des vifs météores de ta galaxie
Leur septuor tranquille épouse – est ! – la Grande Ourse.

Hélas ! De l'univers astral où je t'échus
Me ferais-tu quitter au terme de ta course
Les limbes sans espoir des archanges déchus ?


ALP, septembre 2017


variation 9

Gabrielle me trompe avec un sex-toy

Gabrielle d’amour, tu reviens d'un sex-shop
Avec dans ton cabas le tout dernier sex-toy
Dont l'emballage montre un bouillonnant cow-boy
À cru sur un mustang. Alors moi je dis : stop !

Tu prétends que ton ciel en devient love-top ;
Que six volts font de toi une amante destroy ;
Et qu'en ce rodéo, plus bourrin que play-boy
Un bronco virtuel t’envoie en l’air, et hop !

Six de tes chats, blasés, feulent en sextuor.
Lamartinien jaloux, le dernier monsignor
S’indigne qu'un objet sans âme dans ton lit

S'anime. Hélas, c'est moi ta chose inanimée !
D'où mon rêve en exil, honteux qui m'avilit,
D'un retour électrique en toi ma bien-aimée.

ALP, septembre 2017



variation 10

Gabrielle me trompe avec Priape

Gabrielle d’amour, on sait bien que Priape
Dont tu aimes flatter l’extravagant volume
N'est pas cet amant-là que ton sexe présume.
Je subis néanmoins le mal dont on me frappe.

Sur de tels attributs tout fantasme dérape.
C'est un désir enfoui que ton délire exhume,
Mais hors de l'illusion où ta chair se consume
Tu ne peux t'accoupler au mythe qui t’échappe.

Pudique septuor, tes chats courbent la nuque.
Sur ton lit chacun d'eux en dignité d'eunuque
N'a cure de ce dieu ni de sa vaine masse.

Que te dirais-je encore, hélas ! moi qui compose
Ces vers désespérés ? Ta plainte me dépasse
Et je fuis le dessein que ta nature impose
.

ALP, octobre 2017



variation 11

Gabrielle me trompe avec Dieu

Gabrielle d'amour, je te trouve en prière ;
Une extase mystique t’a fermé les yeux
Et tu ne me vois plus. Je te laisse à tes Cieux,
À ton Salut enfin, ma fuite est la dernière.

Ta face perd le feu brûlant sous ta paupière
Mais s'allume à l'ardeur du brasier religieux
Qui consume ton corps. Dans un sanglot pieux 
Tu as crié « Seigneur ! » et puis aussi « Lumière ! »

Un trio de tes chats ronronne en grégorien,
Le quatuor restant fait dans l’oratorien,
Tels des abbés chantant un psaume à ton autel.

Hélas ! je ne puis pas, ô ma sainte maîtresse,
Devenir comme Dieu un principe immortel
Et boire à ton calice aujourd'hui et sans cesse !


ALP, août 2017

retour                                                haut de page

page précédente